Duisburg Germany North Rhine-Westphalia

Des grues, des silos, des bassins à perte de vue : la première image de Duisburg est industrielle, et elle l'assume. Au confluent du Rhin et de la Ruhr s'étend le plus grand port intérieur d'Europe, une mosaïque de bassins où transitent chaque année des millions de tonnes de marchandises. Les bateaux de croisière fluviale accostent selon les compagnies le long du Rhin ou près du centre, aux abords de l'Innenhafen, l'ancien bassin urbain. Ceux qui s'attendent à une escale grise se trompent : Duisburg est devenue l'un des exemples les plus fascinants d'Europe en matière de reconversion industrielle.

L'Innenhafen, du grain aux musées

À quelques minutes du centre, l'Innenhafen fut durant un siècle le grenier de la région : on y déchargeait les céréales dans de hauts moulins de brique alignés au bord de l'eau. Ces bâtiments abritent aujourd'hui restaurants, bureaux et institutions culturelles. Le musée Küppersmühle, installé dans un ancien moulin rehaussé d'une architecture contemporaine, expose une importante collection d'art allemand d'après-guerre. Le musée d'histoire de la ville voisin raconte, lui, l'épopée du charbon, de l'acier et du fleuve. La promenade le long du bassin, entre péniches amarrées et façades de brique, donne le ton de la journée : ici, le passé industriel ne se cache pas, il se transforme.

Le parc paysager du Nord, cathédrale de l'acier

Le clou de l'escale se trouve à quelques kilomètres au nord du centre, accessible en tramway ou en taxi : le Landschaftspark Duisburg-Nord. Sur 180 hectares, une ancienne usine sidérurgique arrêtée en 1985 a été rendue au public et à la nature. On y grimpe sur un haut fourneau par des escaliers métalliques pour dominer tout le bassin de la Ruhr; on y circule entre conduites géantes, cheminées et halles rouillées peu à peu colonisées par les bouleaux et les papillons. Un ancien gazomètre abrite un site de plongée intérieure, les fosses à minerai sont devenues jardins alpins, et un circuit balisé d'environ six kilomètres relie les points forts. L'accès au parc est gratuit, et l'endroit fascine autant les photographes que les familles.

Entre fleuve et centre-ville

Le centre de Duisburg réserve d'autres surprises : le musée Lehmbruck et son remarquable ensemble de sculptures modernes dans un pavillon de verre, l'église Salvator aux allures gothiques, ou encore la fontaine humoristique dédiée à l'écrivain local qui inventa le détective Schimanski des séries télévisées allemandes. Au bord du Rhin, la promenade de Ruhrort — le quartier des mariniers, avec ses façades du XIXe siècle et son musée de la navigation intérieure — rappelle que des générations de familles ont vécu ici au rythme des péniches. Au sud de la ville, une curiosité vaut le détour des amateurs d'art urbain : Tiger and Turtle, une sculpture monumentale en forme de montagnes russes que l'on parcourt à pied, perchée sur une ancienne halde et illuminée le soir. C'est d'ailleurs la meilleure façon de saisir l'âme de la ville : regarder passer les convois depuis la rive, comme le font les habitants.

Selon vos heures à quai

  • Deux heures : l'Innenhafen, ses moulins reconvertis et un café au bord du bassin.
  • Trois à quatre heures : ajouter les collections du Küppersmühle ou le quartier de Ruhrort.
  • Une demi-journée : consacrer l'essentiel du temps au Landschaftspark et à son haut fourneau panoramique.

La beauté des choses utiles

Duisburg ne ressemble à aucune autre étape rhénane : pas de château romantique ni de vieille ville à colombages, mais une leçon grandeur nature sur ce que deviennent les paysages du travail quand on choisit de les réinventer plutôt que de les raser. En reprenant le fil du Rhin, entre les grues qui pivotent lentement, beaucoup de passagers regardent l'industrie autrement — et c'est exactement le cadeau que cette escale avait à offrir.