Nordaustlandet Island Svalbard Norway
Norway

Imaginez une muraille de glace longue d'environ 180 kilomètres, haute comme un immeuble de huit étages, d'où jaillissent en été des dizaines de cascades de fonte. C'est la façade maritime de l'Austfonna, troisième calotte glaciaire de la planète, qui recouvre plus de la moitié de Nordaustlandet. Cette île sauvage, deuxième du Svalbard par la taille, n'abrite aucune habitation permanente : seuls les navires d'expédition s'aventurent dans ses parages, par le détroit d'Hinlopen, à la rencontre d'un monde où la glace dicte encore toutes les règles. Aucune route, aucun quai : tout se joue depuis le navire et les embarcations pneumatiques.

Bråsvellbreen, la muraille blanche

Le moment le plus spectaculaire se joue au sud de l'île, devant la langue glaciaire de Bråsvellbreen. Le navire longe lentement ce front glaciaire d'environ 24 mètres de hauteur, qui se déroule sur des kilomètres sans une seule interruption de roche. Par temps doux, l'eau de fonte s'échappe en chutes régulières qui strient la paroi turquoise et blanche. Les zodiacs permettent, quand les conditions s'y prêtent, de s'approcher davantage et d'entendre la masse gelée craquer et respirer ; par endroits, la calotte atteint plus de 500 mètres d'épaisseur. Aucune photographie ne rend tout à fait l'échelle du lieu : il faut y être, minuscule embarcation au pied du géant.

Torellneset, le rendez-vous des morses

Sur la côte faisant face au détroit d'Hinlopen, la pointe de Torellneset accueille l'un des plus importants rassemblements de morses de l'archipel. Les débarquements en zodiac permettent d'observer à distance respectueuse ces colosses affalés sur la grève, entassés flanc contre flanc. Les guides ouvrent la marche, fusil à l'épaule comme l'exige la réglementation du Svalbard, et fixent le périmètre à ne pas franchir. La marche se poursuit dans un paysage de désert polaire : graviers balayés par le vent, mousses rases, os de baleine blanchis. Le contraste entre la vitalité bruyante de la colonie et le dénuement minéral du décor compose l'une des scènes les plus mémorables du Svalbard.

Wahlenbergfjorden et les paysages du désert arctique

Les itinéraires s'enfoncent parfois dans le Wahlenbergfjorden, échancrure aride où les pentes caillouteuses descendent vers des eaux souvent encombrées de glaces. De l'autre côté du détroit, les falaises d'Alkefjellet abritent l'une des grandes colonies d'oiseaux marins de l'archipel, que les itinéraires combinent souvent avec cette traversée. Les ornithologues y trouvent leur bonheur, et chacun scrute les rivages : l'ours polaire parcourt ces côtes en quête de phoques, et sa silhouette crème sur la grève sombre reste le graal de toute expédition. Les guides adaptent chaque journée aux glaces et à la faune : ici, aucun programme n'est jamais garanti, et c'est précisément ce qui rend chaque passage unique.

Bien vivre cette étape d'expédition

  • Les sorties dépendent des glaces, de la météo et de la présence d'ours : la souplesse fait partie du voyage.
  • Un habillement en couches multiples, avec coquille imperméable, s'impose pour les sorties en zodiac.
  • Jumelles indispensables : morses, oiseaux et éventuels ours s'observent toujours à distance réglementaire.
  • Écouter les exposés des naturalistes à bord enrichit considérablement ce que l'on voit à terre.
  • Prévoir de la patience : les distances arctiques se mesurent en heures de navigation, souvent récompensées par une rencontre imprévue.

Ce que la glace enseigne

Nordaustlandet ne se raconte pas comme une destination ordinaire : on n'y visite rien, on y assiste. Le front de l'Austfonna, les morses de Torellneset, le silence du désert polaire composent une leçon d'humilité que peu de voyages procurent. Les passagers regagnent le navire changés, avec le sentiment d'avoir entrevu la planète telle qu'elle était avant nous. Longtemps après, il suffit de fermer les yeux pour revoir la muraille blanche et ses cascades, et mesurer la chance d'avoir navigué jusque-là.

Questions fréquentes

Il n'y a ni route ni quai, et aucune habitation permanente : tout se joue depuis le navire et les embarcations pneumatiques. Seuls les navires d'expédition s'aventurent dans ces parages, par le détroit d'Hinlopen. Des débarquements en zodiac ont lieu à certains points, jamais partout.
La troisième calotte glaciaire de la planète, qui recouvre plus de la moitié de Nordaustlandet. Sa façade maritime forme une muraille de glace d'environ 180 kilomètres, haute comme un immeuble de huit étages, d'où jaillissent en été des dizaines de cascades de fonte.
La langue glaciaire du sud de l'île, devant laquelle se joue le moment le plus spectaculaire. Le navire longe lentement ce front d'environ 24 mètres de hauteur, qui se déroule sur des kilomètres sans une seule interruption de roche. Par endroits, la calotte dépasse 500 mètres d'épaisseur.
Quand les conditions s'y prêtent, oui. On entend alors la masse gelée craquer et respirer, et l'eau de fonte s'échappe en chutes régulières qui strient la paroi turquoise et blanche. Aucune photographie ne rend tout à fait l'échelle : il faut y être.
Une pointe sur la côte faisant face au détroit d'Hinlopen, qui accueille l'un des plus importants rassemblements de morses de l'archipel. Les débarquements en zodiac permettent d'observer à distance respectueuse ces colosses affalés sur la grève, entassés flanc contre flanc.
Oui, la réglementation du Svalbard l'exige. Les guides ouvrent la marche, fusil à l'épaule, et fixent le périmètre à ne pas dépasser. Ce n'est pas une mise en scène : l'ours polaire parcourt ces côtes en quête de phoques.
Peut-être, et c'est le grâal de toute expédition, mais rien n'est garanti. Chacun scrute les rivages à la recherche d'une silhouette crème sur la grève sombre. Les guides adaptent chaque journée aux glaces et à la faune, et aucun programme n'est jamais promis d'avance.
L'une des grandes colonies d'oiseaux marins de l'archipel, située de l'autre côté du détroit d'Hinlopen. Les itinéraires la combinent souvent avec la traversée vers Nordaustlandet, et les ornithologues y trouvent leur bonheur.
En couches multiples, avec une coquille imperméable par-dessus. Les jumelles sont indispensables : morses, oiseaux et éventuels ours s'observent toujours à distance réglementaire. Écouter les exposés des naturalistes à bord enrichit considérablement ce qu'on voit ensuite.
À de la patience : les distances arctiques se mesurent en heures de navigation, souvent récompensées par une rencontre imprévue. On n'y visite rien, on y assiste. Le front de l'Austfonna, les morses de Torellneset et le silence du désert polaire composent une leçon d'humilité.