Havana IL Illinois

Le nom fait sourire les passagers : Havana, comme la capitale cubaine, mais au milieu des champs de maïs de l'Illinois. Cette petite localité fluviale fut pourtant, au tournant du 20e siècle, le plus important port de pêche intérieur des États-Unis : des wagons entiers de poissons partaient chaque jour de ses quais vers Chicago, et les pêcheurs professionnels se comptaient par centaines sur ce tronçon de la rivière Illinois. Les bateaux de croisière accostent aujourd'hui à deux pas d'un centre qui a gardé son échelle et sa cordialité d'autrefois.

Un tertre plus vieux que l'Amérique des pionniers

À quelques rues du débarcadère, une butte gazonnée de près d'un hectare s'élève au milieu d'un parc résidentiel : le tertre Rockwell, érigé vers l'an 200 par les peuples autochtones de la vallée, compte parmi les plus imposants du bassin de l'Illinois. Haut d'environ quatre mètres, il servit plus tard de terrain de fêtes, de concerts et de rassemblements aux habitants, qui ne mesuraient pas toujours l'ancienneté du monument sous leurs pieds. Le contraste résume la localité : deux mille ans d'histoire humaine s'empilent tranquillement au coin d'une rue bordée d'érables.

Une rue principale sans hâte

Le centre, à quelques minutes à pied du fleuve, aligne commerces de brique, café local et boutiques d'antiquités sous des enseignes sans prétention. Les conversations s'engagent facilement; un visiteur de passage reste un événement qu'on souligne d'un signe de tête, et le comptoir du casse-croûte sert des tartes maison dont on reparle encore à bord. Le parc riverain, aménagé le long de l'eau, offre bancs et tables pour regarder manœuvrer les remorqueurs et leurs barges chargées de grain, dernier écho de la grande époque commerciale. C'est ici même qu'accostaient les vapeurs à aubes du temps où la rivière servait de grande route; leurs successeurs, plus silencieux, perpétuent l'habitude.

Le refuge des grands vols

En amont s'étend le refuge faunique national de Chautauqua, près de 1 800 hectares de milieux humides en bordure de la rivière. Selon la saison, ses lagunes accueillent des rassemblements d'oiseaux migrateurs par dizaines de milliers : canards, oies des neiges et pélicans blancs d'Amérique, dont les escadrilles tournoient au-dessus des hauts-fonds. Le secteur est un rendez-vous réputé des ornithologues du Midwest, et certaines excursions y conduisent; sentiers et plateformes d'observation se prêtent bien à une sortie de quelques heures, jumelles au cou.

Des marais ressuscités

Sur la rive opposée, la réserve d'Emiquon témoigne d'un des plus ambitieux chantiers de restauration de milieux humides du Midwest : d'anciennes terres agricoles rendues aux lacs peu profonds qui bordaient jadis la rivière. Nénuphars, poissons et sauvagine y sont revenus en abondance, et un sentier avec plateforme permet d'embrasser du regard ce paysage retrouvé, tel que le voyaient les premiers occupants de la vallée.

Sur la piste des bâtisseurs de tertres

À une dizaine de kilomètres, le musée d'État de Dickson Mounds documente plus de dix mille ans de présence autochtone dans la vallée, avec des expositions soignées sur les cultures qui ont précédé l'arrivée des Européens, leurs villages, leurs outils et leur rapport au fleuve nourricier. C'est le complément naturel du tertre Rockwell et l'une des visites marquantes proposées lors des escales, appréciée même de ceux qui n'entrent jamais dans un musée.

Repères pour l'escale

ÉlémentDétail
AccostageDébarcadère au parc riverain, près du centre
Tertre RockwellÀ distance de marche du quai
Dickson MoundsÀ une dizaine de kilomètres; excursion en véhicule

Havana ne promet rien de spectaculaire, et c'est précisément sa force. On en repart avec l'image d'un cours d'eau laborieux devenu paisible, d'un monticule deux fois millénaire au milieu des érables et d'une Amérique des petites villes qui prend encore le temps de dire bonjour aux étrangers de passage.

Questions fréquentes

Au débarcadère du parc riverain, près du centre, sur la rivière Illinois. Tout ce qui compte dans le village se rejoint à pied depuis là.
Aucun, sinon le nom, qui fait sourire les passagers. C'est un village agricole du centre de l'Illinois, au milieu des champs de maïs, sans le moindre rapport avec la capitale cubaine.
Le tertre Rockwell à quelques rues du quai, la rue principale, puis le refuge faunique de Chautauqua ou le musée de Dickson Mounds si une excursion est offerte. Le village lui-même se visite en une heure.
Une butte gazonnée de près d'un hectare, élevée par les peuples autochtones bien avant l'arrivée des pionniers, à quelques rues du débarcadère. Elle se visite librement et se rejoint à pied.
Un refuge national de près de 1 800 hectares de milieux humides, en amont de Havana. C'est une halte majeure sur la voie migratoire du Mississippi : au printemps et à l'automne, les vols d'oiseaux d'eau s'y comptent par dizaines de milliers.
Un des plus ambitieux chantiers de restauration écologique du Midwest, sur la rive opposée : d'anciennes terres agricoles redevenues marais et lacs peu profonds. La vie sauvage y est revenue rapidement.
Un musée d'État à une dizaine de kilomètres de Havana, qui documente plus de dix mille ans d'occupation autochtone de la vallée de l'Illinois. Il faut un véhicule ou une excursion pour s'y rendre.
Le dollar américain et l'anglais. C'est un petit village : les cartes passent dans les commerces, mais gardez un peu de monnaie.
D'avril à octobre pour la navigation. Le printemps et l'automne coïncident avec les grandes migrations d'oiseaux, ce qui est la vraie raison de s'arrêter ici.
Modérément. Les marais et les oiseaux plaisent aux enfants curieux de nature, mais le village est tranquille et n'offre aucune attraction organisée. Une escale à prendre pour ce qu'elle est.