Beaver Island Lake Michigan

Deux heures de traversée depuis Charlevoix, une cinquantaine de kilomètres d'eau douce, et voilà l'Amérique des Grands Lacs qui s'efface derrière l'horizon. Beaver Island, la plus isolée des îles habitées du lac Michigan, porte le surnom d'« île d'Émeraude de l'Amérique », héritage des familles irlandaises qui la peuplèrent. Quelque 600 résidents y vivent à l'année, entourés de forêts et de plages. Les petits navires des Grands Lacs font escale devant St. James, l'unique village, blotti au fond de Paradise Bay, l'un des plus beaux ports naturels de la région.

Un royaume presque oublié

L'histoire locale dépasse la fiction, et elle se raconte en quelques pas. Dans les années 1850, un dissident mormon nommé James Strang installa ici sa communauté et se fit couronner roi, régnant sur l'île jusqu'à son assassinat quelques années plus tard — seul épisode monarchique de l'histoire des États-Unis. L'imprimerie qu'il fit bâtir en 1850 abrite aujourd'hui le musée de la société historique : presses anciennes, photographies et objets du quotidien racontent ce « royaume » américain unique en son genre, puis l'arrivée, après la chute du royaume, des pêcheurs irlandais venus du comté de Donegal, qui refirent l'île à leur image et lui donnèrent son surnom d'aujourd'hui. Les bénévoles du musée ajoutent volontiers les anecdotes que les vitrines ne disent pas, et c'est la moitié du plaisir.

St. James, capitale de poche

Tout le village se parcourt à pied depuis le débarcadère, en suivant simplement la courbe de la baie. Quelques commerces généraux où l'on déniche aussi bien des hameçons que de la crème glacée, un pub où les musiciens sortent parfois les violons, des maisons de bois centenaires face aux voiliers, une école qui sert aussi de salle communautaire : l'ambiance tient à la fois du port de pêche, de la paroisse rurale et du bout du monde. Chaque été, le festival irlandais remplit la rue principale de musique, de danse et de contes transmis depuis quatre générations, et les visiteurs y sont accueillis comme des cousins éloignés qu'on n'attendait plus.

La promenade de Whiskey Point

Depuis les quais, une marche facile mène à Whiskey Point, qui ferme l'entrée de la baie. Le nom rappelle un comptoir de traite peu scrupuleux du XIXe siècle ; on y trouve aujourd'hui un phare trapu du XIXe siècle battu par le vent et une vue dégagée sur les eaux vertes, les hauts-fonds pâles et le va-et-vient des embarcations qui entrent au port. C'est l'endroit rêvé pour comprendre pourquoi les navigateurs cherchent refuge ici depuis les Ojibwés et les Odawas, présents bien avant les rois autoproclamés et les pêcheurs d'Irlande.

Forêts, plages et silence

Au-delà du village, l'île déroule des kilomètres de forêts, de chemins sablonneux et de rivages déserts où le seul bruit vient des vagues. Les excursions locales en véhicule permettent d'atteindre en une heure ou deux les plages du sud ou les phares plus lointains, avec arrêts photo au gré des découvertes ; les cyclistes trouvent des locations près du port, et les marcheurs se contenteront des sentiers proches, carte en main. Aucune foule, presque aucun moteur : le lac impose son rythme, et l'on s'y fait étonnamment vite, au point de baisser la voix sans s'en rendre compte. Prévoir des vêtements adaptés, la météo des Grands Lacs ayant l'humeur changeante.

En reprenant le large, tandis que le phare de Whiskey Point salue une dernière fois à tribord, on regarde St. James rapetisser entre les arbres avec le sentiment d'avoir visité un secret bien gardé du Michigan. Un roi excentrique, des violons irlandais, un phare esseulé, des plages sans traces de pas : il y a là plus de matière à récits que dans bien des capitales.

Frequently Asked Questions

Off St. James, the island's only village, tucked at the head of Paradise Bay, one of the finest natural harbours in the region. Small Great Lakes ships call here; the village starts at the end of the dock.
In Lake Michigan, about fifty kilometres from Charlevoix, a two-hour crossing. It is the most isolated inhabited island on the lake.
As a legacy of the Irish families who settled it. The nickname stuck, and the village surnames still carry it.
Yes, and it is the only monarchical episode in United States history. In the 1850s a Mormon dissident named James Strang established his community here and had himself crowned king, ruling the island until his assassination a few years later.
The historical society museum, housed in the print shop Strang built in 1850, the village of St. James, and a walk out to a beach. The island is wooded and quiet: this is a call to breathe.
Around 600 year-round residents, surrounded by forest and beaches. The population swells in summer, but it stays far from the crowds of mainland ports.
The beaches are handsome and the sand is pale, but Lake Michigan water stays cool even in August. Most passengers walk rather than swim.
The US dollar. Cards work in most St. James businesses, but the offering is limited: keep a little cash.
Yes, for a quiet day: beaches, woods and a village with no traffic. There is, however, no organised activity and no children's attraction.
June through September, the Great Lakes sailing window. Outside that period Lake Michigan turns difficult and the island folds in on itself.