Un éperon rocheux de deux cent cinquante mètres qui s'avance dans une mer turquoise, une forteresse seldjoukide à son sommet, et de chaque côté des kilomètres de sable doré : Alanya réunit sur quelques kilomètres carrés ce que la côte méditerranéenne turque fait de plus séduisant. L'escale se déroule au pied même de ce décor, dans un bassin abrité que garde depuis huit siècles une sentinelle de brique rouge.

Débarquer au pied de la citadelle

Le terminal se trouve à quelques minutes de marche du centre commerçant ; banques, bazars et cafés s'atteignent en moins de dix minutes. Aucune navette n'est nécessaire : la promenade du front de mer conduit naturellement vers les principaux attraits, et les taxis attendent à la sortie pour les trajets plus longs. Cette facilité d'accès fait d'Alanya une journée sans logistique, où chacun compose son programme entre patrimoine et baignade. Dès les premiers pas, le décor s'impose : palmiers alignés, terrasses tournées vers l'eau et, au-dessus de tout, la ligne crénelée des fortifications qui coiffe la falaise.

Kizil Kule, la tour rouge

À un kilomètre et demi du quai, soit une quinzaine de minutes à pied le long des pontons, se dresse le monument emblème de la cité : la Kizil Kule, tour octogonale de brique élevée en 1226 par le sultan seldjoukide Alaeddin Keykubad pour protéger le bassin des assauts venus de la mer. On grimpe ses étages jusqu'à la terrasse, d'où la vue plonge sur les caïques d'excursion et les remparts qui escaladent la falaise. Juste à côté, l'ancien arsenal voûté, le Tersane, rappelle qu'ici se construisaient les flottes du sultanat.

La forteresse dans les nuages

Les remparts courent sur plus de six kilomètres jusqu'au sommet du promontoire, enfermant jardins, citernes et vestiges byzantins. Un téléphérique part des abords de la plage de Cléopâtre et hisse les passagers vers les hauteurs sans effort ; les marcheurs préféreront le sentier pavé qui serpente entre figuiers et maisons ottomanes. Là-haut, le regard embrasse toute la baie, des montagnes du Taurus aux plages qui s'étirent à perte de vue. C'est le point d'orgue de la journée, à réserver aux heures les moins chaudes.

Le sable de Cléopâtre

La légende veut que Marc Antoine ait offert la région à la reine d'Égypte, qui venait se baigner sur la longue plage à l'ouest du rocher. Vraie ou non, l'histoire a donné son nom à un ruban de sable fin dont les eaux limpides se trouvent à courte distance du débarcadère, de l'autre côté du promontoire. Parasols et chaises longues se louent sur place, et la baignade s'accompagne d'une curiosité voisine : la grotte de Damlatas, dont l'air chargé d'humidité aurait des vertus pour les voies respiratoires.

Le bazar et la table turque

Entre deux plongeons, le centre offre les plaisirs classiques de la Turquie méditerranéenne : ruelles marchandes où s'empilent loukoums, épices et contrefaçons assumées, salons de thé où les habitués font claquer les dominos, grils d'où s'échappe le parfum des brochettes. Le jus de grenade pressé sous vos yeux, en saison, vaut tous les rafraîchissements du bord. Depuis les pontons, des caïques aux allures de bateaux pirates proposent par ailleurs le circuit du promontoire : une heure ou deux de navigation le long des grottes marines, avec arrêts baignade dans des criques accessibles seulement par la mer.

Quand la brique s'embrase

Au départ du navire, le soleil descend souvent derrière le rocher et la Kizil Kule vire au cuivre. Les remparts s'illuminent un à un, la plage se vide lentement. Alanya laisse alors le souvenir d'une journée double : celle d'une station balnéaire accomplie, et celle d'une place forte que huit siècles n'ont pas réussi à désarmer.