Le château se voit avant la ville. Quatre tours d'angle, une façade de grès rouge qui domine le Main de toute sa masse : le Schloss Johannisburg annonce Aschaffenburg bien avant que le bateau n'accoste, et c'est justement à ses pieds que les navires fluviaux s'amarrent. Rarement une escale aura placé son monument principal aussi près de la passerelle. La Bavière commence ici, à la frange nord-ouest du Land, là où le Main quitte les collines boisées du Spessart.
Le Schloss Johannisburg, résidence des princes-archevêques
Érigé entre 1605 et 1614 pour l'archevêque-électeur Johann Schweikard von Kronberg, le palais compte parmi les chefs-d'œuvre de la Renaissance tardive en Allemagne. Sa silhouette carrée, ordonnée autour d'une cour intérieure, servait de seconde résidence aux princes-archevêques de Mayence, qui y transportaient leur cour. Les salles abritent aujourd'hui des collections de peinture et un musée municipal ; les amateurs y verront notamment une importante collection d'architectures miniatures en liège. Même sans entrer, le tour extérieur de l'édifice, entre cour d'honneur et terrasses sur le fleuve, justifie à lui seul la halte.
Le Pompejanum, un fragment d'Italie
En longeant la rive haute depuis les terrasses, à travers les jardins plantés de figuiers et de vignes, une villa d'un blanc lumineux apparaît au milieu des cyprès : le Pompejanum, réplique d'une maison romaine de Pompéi, construite au XIXe siècle à la demande du roi Louis Ier de Bavière. Le souverain, passionné d'Antiquité, voulait offrir à ses contemporains la possibilité d'entrer dans une demeure antique sans franchir les Alpes. Le contraste entre la villa antique et les collines boisées de l'autre rive fait tout le sel de la promenade. Atriums, mosaïques, fresques : l'illusion fonctionne toujours, et la terrasse qui l'entoure regarde le fleuve couler en contrebas. L'ensemble château-jardins-villa compose l'une des promenades urbaines les plus singulières de la vallée.
Ruelles et places du centre ancien
Derrière l'édifice, la vieille ville déroule un lacis de ruelles où les maisons à colombages voisinent avec les façades bourgeoises. La place du théâtre, avec son édifice néoclassique, ses arcades et ses fontaines, invite à la pause en terrasse. Les commerces de la rue piétonne mènent vers la collégiale, posée sur sa butte au-dessus des toits. L'atmosphère demeure étonnamment paisible pour une ville de cette taille : on y sent la douceur d'une cité de province qui vit à son rythme, entre son fleuve et ses collines. Les gourmands chercheront un café pour goûter aux pâtisseries franconiennes, ou une auberge servant la cuisine régionale. À deux pas, le parc Schöntal offre ses plans d'eau, ses cygnes et ses parterres soignés, halte appréciée des promeneurs entre deux monuments.
Conseils pour l'escale
- Palais et Pompejanum se rejoignent à pied depuis le quai ; aucun transport n'est nécessaire.
- Prévoir une heure et demie pour les salles du palais, une heure pour le Pompejanum et ses jardins.
- La vieille ville se parcourt en une heure de flânerie ; les terrasses de la place du théâtre offrent la meilleure pause.
- Les jardins entre château et villa romaine sont en pente douce, accessibles à tous les rythmes.
Le programme tient confortablement dans une demi-journée, ce qui laisse le loisir de refaire une dernière promenade le long de la rive avant le départ.
L'adieu au grès rouge
Au moment où le navire largue les amarres, le regard revient forcément vers les quatre tours du château, dont le reflet s'étire sur le Main. Peu de villes moyennes allemandes réunissent ainsi, sur quelques centaines de mètres de berge, une résidence princière, une villa pompéienne et des jardins suspendus au-dessus d'un fleuve. Aschaffenburg s'offre sans effort et se grave sans bruit : longtemps après l'escale, c'est cette image de grès rouge posée sur l'eau qui refait surface lorsqu'on repense au Main.


