Voici une escale qui a la particularité de tourner le dos au fleuve. Baden-Baden ne possède pas de quai : les navires s'amarrent sur le Rhin, du côté de Rastatt, et un autocar franchit la plaine jusqu'aux premières pentes de la Forêt-Noire, où la ville thermale s'étire dans la vallée de l'Oos. Le détour se justifie pleinement. Depuis le XIXe siècle, l'Europe entière vient ici prendre les eaux, jouer, écouter des concerts et marcher sous les grands arbres ; elle figure aujourd'hui parmi les grandes villes d'eaux inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO.

La Lichtentaler Allee, salon de verdure

Le meilleur moyen d'entrer dans l'esprit du lieu consiste à emprunter la Lichtentaler Allee, cette allée qui suit la rivière Oos sur plus de deux kilomètres entre pelouses, arbres remarquables et massifs fleuris. Les élégantes du Second Empire y paradaient en calèche ; les promeneurs d'aujourd'hui y croisent joggeurs et cygnes. De part et d'autre, villas cossues, galeries et musées jalonnent le parcours. La marche, plane et ombragée, convient à tous et constitue déjà, à elle seule, une raison de descendre de l'autocar.

Le Kurhaus et la tradition du jeu

Au cœur de la station, le Kurhaus aligne ses colonnes corinthiennes derrière une esplanade impeccable. L'édifice abrite le casino qui fit la réputation sulfureuse et brillante de la station : Dostoïevski y perdit des fortunes, et la grande société européenne s'y pressait chaque été. Les salons, décorés à la manière des palais français, se visitent en dehors des heures de jeu. Autour, la Trinkhalle et sa galerie à fresques, les boutiques de la vieille ville et les terrasses de café composent un décor où le raffinement ne semble jamais forcé : il fait simplement partie des habitudes de la maison.

Les bains, hier et aujourd'hui

L'eau chaude qui sourd du sous-sol depuis l'Antiquité demeure la vraie raison d'être de Baden-Baden ; les Romains l'exploitaient déjà. Deux établissements perpétuent la tradition : le Friedrichsbad, temple thermal du XIXe siècle aux coupoles et aux rituels codifiés, et les thermes de Caracalla, modernes et lumineux, avec bassins intérieurs et extérieurs. Une escale ne permet pas toujours d'y consacrer les heures nécessaires, mais les curieux peuvent au moins admirer les façades et, place de l'ancien marché, observer les vestiges des bains romains signalés dans le centre historique.

Prendre de la hauteur

Pour mesurer le cadre naturel du lieu, les plus actifs monteront vers le Altes Schloss Hohenbaden, le vieux château accroché à la montagne au-dessus des toits. Sentiers forestiers ou taxi y conduisent ; des terrasses de la ruine, la vue s'étend sur la vallée du Rhin et les croupes boisées de la Forêt-Noire. C'est le contrepoint sauvage d'une journée passée entre colonnades et jardins, et le rappel que la ville d'eaux s'est construite en lisière d'un des grands massifs forestiers d'Europe.

Une journée bien remplie

  • Matinée : Lichtentaler Allee, puis Kurhaus et Trinkhalle.
  • Midi : table ou café dans la vieille ville piétonne.
  • Après-midi : au choix, moment thermal, musées de l'Allee ou montée au vieux château.
  • À noter : le transfert depuis le fleuve prend du temps ; mieux vaut suivre l'horaire de l'excursion et garder une marge.

Le retour vers le Rhin

L'autocar finit par redescendre vers la plaine, et les collines sombres de la Forêt-Noire s'attardent dans le rétroviseur, et chacun emporte son image de la journée : les fresques de la Trinkhalle, la vapeur des thermes, une allée sous les arbres où l'Europe entière a flâné avant nous. Baden-Baden ne ressemble à aucune autre étape d'un voyage fluvial ; c'est une parenthèse de villégiature glissée dans l'itinéraire, et elle laisse le sentiment très net qu'un jour, il faudra revenir prendre le temps que l'escale n'accordait pas.