On surnomme Bath « la cité des navires », et le surnom se vérifie avant même d'accoster. En remontant le fleuve Kennebec, les passagers aperçoivent les grues immenses du chantier naval Bath Iron Works, où l'on assemble encore aujourd'hui des destroyers pour la marine américaine. Depuis plus de deux siècles, cette petite cité du Maine construit des bateaux, et elle en a lancé des milliers. Les navires de croisière à taille humaine qui la visitent s'amarrent au ponton du Maine Maritime Museum, ce qui place le premier attrait de l'escale au pied même de la passerelle.
Un musée les pieds dans l'eau
Le Maine Maritime Museum occupe un campus de huit hectares en bordure du Kennebec, sur le site de l'ancien chantier Percy & Small. C'est ici que fut lancé en 1909 le Wyoming, la plus grande goélette de bois jamais construite : une sculpture grandeur nature, plantée dans la pelouse, matérialise sa silhouette de près de 140 mètres, beaupré compris. Se tenir entre ses six mâts stylisés donne la mesure exacte de la démesure d'alors. On circule librement entre les bâtiments d'origine du site, l'atelier du forgeron, les expositions consacrées au homard et à la navigation, et une reconstitution de lanterne de phare avec sa lentille de Fresnel d'époque. Comptez deux bonnes heures pour en faire le tour sans vous presser.
Le fleuve et ses phares
Le musée propose en saison des sorties commentées sur le Kennebec à bord de son bateau d'excursion. Selon le parcours choisi, on passe devant une demi-douzaine de phares, dont ceux de Doubling Point et de Squirrel Point, plantés sur des pointes boisées où ne mènent que des sentiers. Le fleuve, large et tranquille, accueille phoques et balbuzards, et les berges racontent d'elles-mêmes l'histoire de la région : cales de lancement, quais de bois, maisons de capitaines tournées vers l'eau. Au dix-neuvième siècle, on y récoltait aussi la glace, découpée l'hiver en blocs et expédiée par goélette jusque dans les ports du Sud.
Le centre historique
À quelques minutes du musée, le centre de Bath aligne ses façades de brique du dix-neuvième siècle le long de Front Street. L'endroit a conservé une vraie vie de quartier : quincaillerie centenaire, librairie indépendante, cafés, boutiques de créateurs et salles de spectacle occupent les anciens comptoirs marchands. Les rues résidentielles voisines valent le détour pour leurs demeures d'armateurs coiffées de lanterneaux, d'où les épouses de capitaines guettaient, dit-on, le retour des voiliers. Un parc en terrasses descend vers le fleuve et offre un point de vue reposant sur le pont et le trafic fluvial. Le samedi matin, un marché public anime la rue en saison, et les bancs ne manquent pas pour observer le va-et-vient des habitués, gobelet de café à la main.
Repères pour la journée
- Le musée maritime se visite directement depuis le ponton d'amarrage, sans transport.
- Le centre-ville se rejoint en quelques minutes en navette ou en taxi ; les plus marcheurs peuvent s'y rendre à pied en une demi-heure environ.
- Les installations navales militaires ne se visitent pas, mais leurs grues et leurs coques grises se contemplent depuis la rive.
Une escale d'initiés
Bath ne figure sur aucune liste des grandes destinations de croisière, et ses habitués s'en réjouissent presque. Ceux qui débarquent ici touchent à quelque chose de rare : une communauté qui vit encore de la construction navale, fière de son passé sans en faire un décor. En redescendant le Kennebec vers la mer, quand les grues du chantier s'effacent derrière les arbres, on emporte l'image d'un Maine industrieux et discret, à mille lieues des foules estivales, et qui donne envie de suivre longtemps encore le fil de ses fleuves.


