À peine la passerelle franchie, Cagliari commence. Les arcades de la via Roma s'ouvrent juste devant les quais, et derrière elles la capitale sarde s'étage en amphithéâtre : le quartier de la Marina d'abord, puis les remparts, enfin la citadelle du Castello qui coiffe la colline de ses tours pisanes. Rares sont les escales méditerranéennes où la géographie se lit aussi clairement depuis le pont du navire.

Premier bain de Sardaigne

Cinq minutes suffisent pour plonger dans les ruelles de la Marina, l'ancien quartier des marins et des commerçants. Les trattorias y servent malloreddus à la saucisse et culurgiones, ces raviolis de pomme de terre à la menthe pincés à la main, tandis que les épiceries alignent pecorino, pain carasau et bouteilles de mirto, la liqueur de myrte insulaire. L'odeur du café grillé s'échappe des torréfactions familiales : le ton de la journée est donné. Sous les arcades de la via Roma, boutiques et cafés observent le va-et-vient des quais, comme ils le font depuis des générations; c'est l'endroit parfait pour prendre le pouls de la capitale sarde avant de partir à l'assaut de ses collines.

Monter au Castello

De la Marina, on grimpe vers la ville haute par des escaliers et des rues en pente douce jusqu'au bastion de Saint Remy, promenade monumentale ajoutée aux remparts à la fin du XIXe siècle. Sa terrasse Umberto I, d'accès libre, déploie l'un des plus larges panoramas de Sardaigne : les toits, le golfe, les étangs qui poudroient au loin. Passé la porte des remparts, le Castello aligne ses venelles médiévales entre palais défraîchis et balcons fleuris. Sous les murailles, les figuiers de Barbarie s'accrochent au calcaire, et les habitants promènent leur chien là où veillaient jadis les sentinelles. La cathédrale Santa Maria, plusieurs fois remaniée, garde deux chaires sculptées du XIIe siècle venues de Pise, sa ville fondatrice.

Tours pisanes et trésors nuragiques

Aux angles de la citadelle, les tours de l'Éléphant et de San Pancrazio, dressées au début du XIVe siècle, rappellent l'époque où Pise et l'Aragon se disputaient l'île. Tout près, la citadelle des musées abrite le musée archéologique national et ses bronzetti, ces figurines de bronze énigmatiques laissées par la civilisation nuragique, qui éleva des milliers de constructions mégalithiques dans l'île bien avant Rome. Une salle après l'autre, la Sardaigne révèle une profondeur que peu de visiteurs soupçonnent en débarquant.

L'amphithéâtre et les flamants

En redescendant du côté ouest, l'amphithéâtre romain, taillé en partie dans le calcaire de la colline au IIe siècle, témoigne du poids de Karalis dans l'Empire. Les voyageurs qui préfèrent la nature fileront plutôt vers le Poetto : huit kilomètres de sable à quelques minutes d'autobus du centre, adossés aux étangs de Molentargius où vivent des colonies de flamants roses. Kiosques et cabanons y servent glaces et cafés toute la journée, et la promenade attire coureurs et cyclistes dès les premières heures. Se baigner le matin et marcher dans une citadelle médiévale l'après-midi, voilà un résumé assez juste de Cagliari.

Idées selon le temps disponible

  • Deux heures : la Marina, la via Roma et le bastion de Saint Remy.
  • Une demi-journée : ajouter le Castello, la cathédrale et le musée archéologique.
  • Journée complète : glisser une pause balnéaire au Poetto ou une exploration de l'amphithéâtre.

Dernier regard depuis le pont

Au départ, la cité s'éloigne dans l'ordre inverse de sa découverte : les arcades d'abord, puis les hauteurs fortifiées qui accrochent le soleil du soir. Les Sardes disent volontiers que leur île est un continent en miniature. Après quelques heures dans sa capitale, on commence sérieusement à les croire, et l'on se promet d'aller vérifier le reste.