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Deux rives se font face, et deux mondes avec elles. À l'ouest, les contreforts sombres de l'Ardèche ; à l'est, les premières lavandes de la Drôme provençale. C'est entre ces deux paysages que les bateaux du Rhône s'amarrent à Châteauneuf-du-Rhône, une halte discrète au sud de Montélimar que la plupart des cartes ignorent, et qui réserve pourtant l'une des escales les plus paisibles de la vallée.

Une halte de caractère sur le grand fleuve

Les unités fluviales qui descendent de Lyon vers la Camargue utilisent ce point d'amarrage tranquille, loin des quais urbains. On débarque au milieu des platanes, à quelques minutes du vieux bourg. Le contraste saisit d'emblée : après les écluses monumentales du défilé de Donzère, franchies un peu plus au sud ou au nord selon l'itinéraire, voici un paysage à hauteur d'homme, fait de vergers, de collines calcaires et de toits de tuiles romaines.

Le bourg médiéval et sa colline

Le cœur historique s'explore sans guide. On franchit l'une des anciennes portes fortifiées, on remonte les venelles étroites jusqu'à la place de l'église, qui servit de place de marché et conserva ses halles couvertes jusqu'au début du vingtième siècle. Les façades de pierre claire, les passages voûtés et les vieux puits composent un décor resté remarquablement intact. Au-dessus des maisons, une butte porte les vestiges de l'ancienne résidence seigneuriale : quelques pans de murs, un panorama à 360 degrés sur la vallée du Rhône, la plaine de Montélimar et les monts d'Ardèche. La montée prend une vingtaine de minutes et récompense largement l'effort.

Le Navon, une montagne en dos de dinosaure

Les marcheurs disposent d'un autre but de promenade : le Navon, cette échine rocheuse qui domine la localité et que les habitants comparent volontiers à un dos de dinosaure. Site néolithique autrefois, terrain de randonnée aujourd'hui, il offre des sentiers faciles entre chênes verts et genévriers, avec le chant des cigales en été. La ViaRhôna, piste cyclable qui suit le fleuve de Genève à la Méditerranée, passe également à proximité : certains navires prêtent des vélos, et une heure de pédalage le long des berges compte parmi les plaisirs simples de cette escale.

Les trésors des environs

La halte sert souvent de porte d'entrée vers deux excursions classiques. La première mène à Viviers, sur la rive opposée : cette cité épiscopale conserve la plus petite cathédrale de France en activité, la maison des Chevaliers et sa façade Renaissance, ainsi qu'un belvédère dominant le fleuve. La seconde conduit aux gorges de l'Ardèche, où la route panoramique surplombe les méandres de la rivière jusqu'à l'arche naturelle du Pont d'Arc, haute de 60 mètres. Plus près, Montélimar, à six kilomètres, cultive depuis quatre siècles la recette de son nougat au miel de lavande et aux amandes ; plusieurs fabriques artisanales ouvrent leurs portes et leurs ateliers.

L'art de ne rien faire

On peut aussi, tout simplement, rester. S'attabler sous les platanes avec un café, regarder les boulistes occuper la place en fin d'après-midi, acheter un pot de miel ou une bouteille d'huile d'olive à l'épicerie du coin. Le sud commence ici, sans effets de manche : dans l'accent qui chante un peu plus, dans la lumière qui blanchit les façades, dans le rythme des conversations. Les passagers pressés n'y trouveront pas de monument majeur ; les autres y goûteront la France des préfectures oubliées, celle qui vit bien sans se raconter.

Avant de larguer les amarres

Le soir venu, quand le navire reprend son cap, les collines de la Drôme s'allument une à une sous le soleil déclinant. Il reste alors au voyageur un léger goût de nougat, des images de venelles claires et le souvenir d'un après-midi passé au rythme des cigales. C'est peu de chose, et c'est précisément ce que l'on vient chercher sur le Rhône : des escales qui ressemblent à la vie, pas aux brochures.