Une résine parfumée a façonné le destin de cette île de la mer Égée. Le mastic, larme translucide du lentisque, ne pousse nulle part ailleurs dans le monde avec cette qualité, et il a valu à Chios des siècles de convoitises, de fortunes et de fortifications. En approchant de la côte est, face à la Turquie toute proche, on aperçoit d'abord la ville principale, son front de mer animé et les murs massifs qui veillent sur le mouillage depuis le Moyen Âge.

Premiers pas dans la capitale insulaire

Le navire accoste au port principal, à une dizaine de minutes à pied du centre. La promenade longe les cafés du front de mer, où les habitants étirent leur frappé en regardant passer les traversiers. Chios vit d'abord pour elle-même : les commerces servent les insulaires, les tavernes affichent leurs menus en grec, et cette normalité tranquille donne le ton de la journée.

Le château et ses ruelles

Au nord du bassin portuaire s'élève le château, construit au 14e siècle et remanié par les Génois puis les Ottomans. On franchit ses portes pour se perdre dans un lacis de venelles pavées encore habitées, où le linge sèche entre les pierres médiévales. À l'intérieur de l'enceinte, la mosquée Bayrakli et les vestiges d'une cathédrale byzantine témoignent des couches successives d'histoire. Le musée archéologique et le musée byzantin, en ville, complètent ce parcours pour qui souhaite approfondir.

Nea Moni, l'or des mosaïques

À 11 kilomètres du centre, dans un vallon boisé du cœur de l'île, le monastère de Nea Moni figure au patrimoine mondial de l'UNESCO. Fondé au milieu du 11e siècle grâce au soutien de l'empereur de Byzance, il conserve des mosaïques à fond d'or comptées parmi les plus précieuses de Grèce. La tradition raconte qu'une icône miraculeuse de la Vierge, trouvée sur place, motiva sa construction. Le trajet en taxi prend une vingtaine de minutes et la quiétude du site récompense largement le détour.

Les villages du mastic

Le sud de l'île abrite les villages médiévaux qui organisaient la récolte de la précieuse résine. Pyrgi, à 25 kilomètres, surprend au premier regard : ses façades entières se couvrent de motifs géométriques gris et blancs, les « xysta », gravés dans l'enduit. Mesta, à une dizaine de kilomètres plus loin, conserve intacte sa structure fortifiée, avec ses passages voûtés conçus pour dérouter les pirates. Près de Pyrgi, le musée du mastic explique la culture du lentisque et fait goûter cette gomme au parfum de pin que les Grecs mâchent depuis l'Antiquité. Comptez une demi-journée pour cette boucle vers le sud.

Une île restée elle-même

Entre deux étapes, le contraste avec les îles plus courues des Cyclades saute aux yeux. Peu de boutiques de souvenirs, presque pas d'anglais sur les enseignes : Chios a bâti sa prospérité sur le commerce maritime et l'agrume autant que sur sa résine, et ses grandes familles d'armateurs comptent encore parmi les plus influentes de Grèce. Dans le quartier de Kampos, au sud immédiat de la capitale, leurs anciennes demeures de pierre ocre se cachent derrière de hauts murs, au milieu de vergers d'orangers et de mandariniers. Le détour, possible en taxi sur la route du sud, plaira aux voyageurs qui aiment les lieux racontant leur histoire à voix basse.

Composer sa journée

  • Demi-journée en ville : front de mer, château, musées, à pied.
  • Nea Moni : environ deux heures aller-retour depuis le quai, en taxi.
  • Pyrgi et Mesta : demi-journée vers le sud, en excursion ou en taxi.

Avant de larguer les amarres

Beaucoup de passagers remontent à bord avec un petit sachet de larmes résineuses au fond du sac, souvenir minuscule d'une île qui a bâti son histoire sur un arbre. Au moment où la côte s'estompe, leur parfum persiste sur les doigts, et l'on se surprend à espérer qu'il dure jusqu'à la prochaine escale.