Bien avant d'accoster, on les voit : deux flèches jumelles de pierre sombre, hautes de 157 mètres, qui écrasent l'horizon du Rhin. La cathédrale de Cologne a mis plus de six siècles à s'achever et il suffit d'un regard pour comprendre l'obstination des bâtisseurs. Les bateaux fluviaux s'amarrent le long des quais rhénans — Konrad-Adenauer-Ufer au nord, Frankenwerft face à la vieille ville, Rheinauhafen au sud — et, où que soit votre ponton, la silhouette du Dom sert de boussole : quinze à vingt minutes de marche au plus.

La cathédrale, évidemment

Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, la cathédrale abrite derrière son maître-autel la châsse des Rois mages, un reliquaire doré du Moyen Âge qui fit de Cologne l'un des grands pèlerinages d'Europe. L'intérieur surprend par sa verticalité : les piliers montent d'un seul jet vers des voûtes qu'on distingue à peine. Les plus vaillants graviront les 533 marches de la tour sud pour dominer le fleuve et les toits; les autres s'attarderont devant les vitraux, dont celui, contemporain, composé par Gerhard Richter comme un pixel géant de couleurs. L'entrée de l'édifice est libre.

Pignons colorés et rituel de la Kölsch

Entre le Dom et le Rhin s'étend le quartier ancien reconstruit après-guerre : places pavées de l'Alter Markt et du Fischmarkt, maisons étroites aux pignons colorés, ruelles où flotte une odeur de houblon. C'est ici que se vit le rituel le plus colonais qui soit : la Kölsch, bière blonde et légère, servie dans de minces verres de 20 centilitres que le serveur — le Köbes, volontiers taquin — remplace d'office tant que vous n'avez pas posé votre sous-verre sur le verre vide. Accompagnez-la d'un plat régional dans une brasserie traditionnelle, et vous aurez saisi l'humeur de la ville : directe, rieuse, sans chichis.

Des Romains au pop art

Cologne fut colonie romaine — son nom même en découle — et deux mille ans d'histoire affleurent partout. Selon le temps disponible, choisissez votre siècle : le musée Ludwig, tout proche du chevet, aligne l'une des plus importantes collections de pop art hors des États-Unis, Picasso compris; le pont Hohenzollern, à côté, croule sous des dizaines de milliers de cadenas d'amoureux et offre la meilleure perspective photographique sur les deux flèches; et les amateurs de parfum chercheront la maison 4711, berceau de l'eau de Cologne qui porta le nom de la ville jusque dans nos armoires de toilette.

Le Rheinauhafen et le chocolat

Vers le sud, une promenade d'une vingtaine de minutes le long du fleuve mène au Rheinauhafen, ancien bassin portuaire converti en quartier contemporain, reconnaissable à ses trois immeubles en forme de grues portuaires inversées. Le musée du chocolat y occupe une presqu'île : histoire du cacao, chaîne de production en état de marche et fontaine de chocolat où l'on trempe des gaufrettes tièdes. Le retour peut se faire par la ligne de tramway qui rejoint le centre en un arrêt, si les jambes réclament grâce.

Ce qu'il faut savoir avant de partir à pied

  • Quais principaux → parvis : 1 km environ, promenade plate le long du Rhin.
  • Rheinauhafen → parvis : 1,5 km, ou tramway depuis Heumarkt.
  • Entrée de l'édifice libre; tour et trésor payants.
  • Dimanche matin, le quartier historique dort tard : les brasseries ouvrent surtout à partir de midi.

Repartir avec le carillon

Au moment du départ, si l'heure s'y prête, le bourdon logé dans la tour sud — le « Decke Pitter », l'une des plus grosses cloches en état de sonner au monde — roule parfois au-dessus du fleuve. Les Colonais disent qu'on ne quitte jamais tout à fait leur ville : on y a simplement laissé une raison de revenir. Entre un vitrail de Richter, un verre de Kölsch et une châsse dorée vieille de huit siècles, chacun trouvera la sienne.