Sur cette rive ionienne de la Calabre, la plaine de Sybaris déroule ses vergers d'agrumes entre la mer et les contreforts boisés de la Sila. Les navires y font halte au port de Marina di Schiavonea, dans le golfe de Corigliano, et l'escale surprend souvent les passagers : peu de monde l'attendait, et beaucoup en reviennent avec le sentiment d'avoir touché une Italie que les itinéraires classiques ignorent.

Schiavonea, village de bord de mer

Le bourg de Schiavonea s'étend à courte distance des quais. Ses ruelles parallèles descendent toutes vers la plage ou vers les placettes du front de mer, selon un plan simple hérité des communautés de pêcheurs. On y observe la vie calabraise sans filtre : barques tirées sur le sable, femmes qui étendent le linge, cafés où les anciens débattent du prix du poisson. La promenade demande une petite heure et met dans l'ambiance mieux que n'importe quelle visite guidée. Au retour, la longue plage de sable qui borde le golfe invite à marcher pieds nus, et les mois d'été y ajoutent le spectacle des familles calabraises installées sous leurs parasols, entre glacières et parties de ballon.

Le Castello Ducale, sept siècles debout

Dans les terres, le centre ancien de Corigliano s'accroche à sa colline, dominé par le Castello Ducale. Bâti par les Normands, il compte parmi les châteaux les mieux conservés de cette période en Italie du Sud et veille depuis près de sept siècles sur l'entrée de la plaine. La visite traverse une salle des miroirs au décor exubérant, une bibliothèque consacrée à la Grande Grèce et un petit musée de l'image. Depuis les tours, la vue file jusqu'à la mer Ionienne par-dessus les oliveraies. Les ruelles du bourg qui l'entoure valent aussi la déambulation, avec leurs escaliers, leurs portails sculptés et leurs balcons chargés de plantes grasses.

Sybaris, la ville du luxe englouti

Les amateurs d'archéologie mettront le cap sur le parc de Sybaris, dans la plaine voisine. La colonie grecque, si prospère que son nom a donné le mot sybarite, fut détruite puis recouverte par les alluvions; les fouilles ont dégagé rues, thermes et fondations sur plusieurs niveaux d'occupation, de la cité grecque à la ville romaine. Le musée attenant rassemble céramiques, bronzes et objets du quotidien trouvés sur place au fil des campagnes de fouilles. Le site demande de l'imagination, mais quelle histoire il raconte : celle d'une ville dont la richesse faisait rêver toute la Méditerranée antique.

Rossano, entre évangiles et réglisse

Autre excursion possible, la ville byzantine de Rossano conserve dans son musée diocésain le Codex Purpureus, évangéliaire du 6e siècle aux pages teintes de pourpre, classé par l'UNESCO au registre de la Mémoire du monde. À quelques kilomètres, la maison Amarelli produit de la réglisse depuis 1731 et sa collection d'entreprise, installée dans la demeure familiale, se découvre au fil d'une visite qui se termine par une dégustation marquant les papilles autant que les mémoires.

Choisir son escale

  • À pied : Schiavonea et sa plage, depuis le quai.
  • En excursion courte : Castello Ducale et centre ancien de Corigliano.
  • En demi-journée : le parc archéologique et ses collections, ou Rossano et la réglisse Amarelli.

Au moment d'appareiller

Le soir, la Sila prend une teinte bleutée derrière la plaine et les feux des barques s'allument un à un sur le golfe. Cette côte ne s'est jamais mise en scène pour les voyageurs, et c'est précisément ce qui touche : on a partagé quelques heures de sa vie ordinaire, entre un château normand, un champ de fouilles grec et une plage où le dialecte tient lieu de musique d'ambiance. La Calabre en garde d'autres, et l'on se dit qu'il faudra revenir les chercher.