Entre Ratisbonne et Passau, le Danube s'élargit dans une plaine fertile que ferment, au nord, les premières collines boisées de la forêt de Bavière. Deggendorf occupe exactement cette couture entre le fleuve et la montagne, et les Bavarois la surnomment d'ailleurs la « porte de la forêt de Bavière ». Les bateaux fluviaux accostent à deux pas du centre : quelques minutes de marche suffisent pour passer du pont supérieur à la place du marché.

Une place, une tour, un marché

Le cœur de la ville bat autour de sa place allongée, dominée par le vieil hôtel de ville et sa tour élancée qui sert de repère à tout le quartier. Les jours de marché, les étals de légumes, de fromages et de charcuteries bavaroises s'y déploient dans un joyeux mélange de dialecte et de papier ciré. Prenez le temps d'observer les façades : hautes, colorées, percées de fenêtres régulières, elles composent cet urbanisme danubien typique où la rue-place tient lieu de salon collectif.

Le clocher qui fait lever les yeux

À quelques rues de là s'élève l'église du Saint-Sépulcre Saint-Pierre-et-Paul, dont le clocher baroque passe pour l'un des plus réussis du sud de l'Allemagne : un empilement élégant de bulbes et de lanternons qui attrape la lumière du matin. L'intérieur, sobre et lumineux, contraste avec l'exubérance de certaines églises bavaroises — on y entre pour quelques minutes de fraîcheur et l'on s'y attarde plus longtemps que prévu.

La légende de la lanceuse de quenelles

La cité danubienne cultive une légende savoureuse : lors d'un siège, une habitante à bout de ressources aurait lancé des Knödel — ces quenelles de pâte fermes comme des balles — à la tête des assaillants, les convainquant que la cité regorgeait encore de vivres. Découragés, ils auraient levé le camp. Vraie ou non, l'histoire vaut à la ville son surnom de cité des quenelles, et les restaurants du centre honorent la tradition : Semmelknödel au pain, Leberknödel au foie, servis en compagnie d'un rôti ou d'une bière de la région. Le repas d'escale s'impose de lui-même.

Le grand massif voisin, à portée d'excursion

Derrière les toits, les collines montent vers le premier parc national d'Allemagne, créé en 1970 dans la forêt de Bavière : un massif boisé profond qui se prolonge, côté tchèque, par la Šumava. Les excursions proposées lors des escales y conduisent parfois — sentiers aménagés, tours d'observation, enclos où loups et lynx se laissent apercevoir. Sans excursion organisée, un simple taxi permet de gagner les hauteurs voisines pour une marche sous les conifères et une vue plongeante sur la vallée du Danube. L'air y sent la résine et le bois coupé.

Flâner à la bavaroise

Deggendorf n'exige rien : c'est une escale de flânerie. Une glace sur la place, les boutiques familiales des rues adjacentes, un café en terrasse à regarder les habitants circuler à vélo. En milieu d'après-midi, respectez l'institution du Kaffee und Kuchen : une pointe de gâteau et un café filtre, servis sans hâte, comme partout dans le sud du pays. La commune compte environ 35 000 habitants et une université technique qui lui donne, aux beaux jours, une jeunesse inattendue. On y touche du doigt la Bavière quotidienne, celle qui vit entre son fleuve, son marché et ses bois, loin des clichés de cartes touristiques.

Regagner le fleuve

Le chemin du retour longe des berges aménagées où pêcheurs et promeneurs se partagent l'ombre des arbres. Depuis le pont du bateau, regardez une dernière fois la tour de l'hôtel de ville dépasser des toits, puis les collines sombres derrière elle. Peu de passagers inscrivent Deggendorf parmi leurs souvenirs marquants avant d'y avoir posé le pied; beaucoup l'y rangent après. Les quenelles, la légende et la porte de la forêt font un bagage plus durable qu'il n'y paraît.