Le Douro ralentit à Folgosa, et le voyageur avec lui. De part et d'autre du fleuve, les vignobles en terrasses montent à l'assaut des pentes, ligne après ligne, comme un immense escalier taillé par des générations de vignerons. Ce paysage cultivé, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, constitue la raison d'être de cette halte fluviale : ici, on ne descend pas à terre pour visiter des monuments, on vient toucher du doigt le pays du porto.
Un village au bord de l'eau
Folgosa aligne ses quelques maisons entre la rive et les coteaux, là où les pentes se resserrent autour du fleuve. Le débarcadère se trouve à deux pas du cœur du hameau, et l'échelle du lieu se mesure en minutes de marche. Cette modestie fait son prix : pas de circulation, pas de files d'attente, seulement le clapot de l'eau, les cyprès et les oliviers entre les rangs de vigne. On respire, on regarde, on laisse le paysage faire son travail, et l'on comprend pourquoi tant de peintres et de photographes se sont attachés à ces courbes.
Les quintas, cœur battant du vignoble
La grande affaire d'une halte à Folgosa, c'est la visite d'une quinta, l'un de ces domaines viticoles qui ponctuent les coteaux de leurs façades blanches. On y explique le travail exigeant de la vigne en terrasses, sur des pentes où la mécanisation reste souvent impossible, puis la lente élaboration des vins de la région, du douro rouge charpenté aux portos vieillis en fûts. La dégustation qui suit prend une autre dimension quand le verre se remplit face aux pentes mêmes où le raisin a mûri. En septembre, pendant les vendanges, les coteaux s'animent de coupeurs et de paniers; il est alors prudent de réserver visites et dégustations à l'avance.
Le fleuve vu du fleuve
Certains programmes proposent une sortie en rabelo, la barque traditionnelle à fond plat qui descendait autrefois les tonneaux vers les chais de Vila Nova de Gaia, près de Porto. Depuis l'eau, la démesure des terrasses saute aux yeux : certains murets datent d'époques où tout se faisait à bras d'homme, pierre par pierre, et leur alignement à flanc de montagne raconte une patience que notre siècle a presque oubliée. Le bourg de Peso da Régua, plaque tournante historique du commerce du vin, se trouve à courte distance sur le même axe fluvial et sert de point d'ancrage à plusieurs excursions régionales.
La table douroise
Le Douro se goûte aussi dans l'assiette. Les tables de la région servent une cuisine franche : chevreau rôti, morue préparée de cent façons, huile d'olive des coteaux, amandes et oranges selon la saison. Le tout s'accompagne naturellement des vins du cru, servis sans cérémonie. Un repas pris en terrasse au bord de l'eau, pendant que les ombres s'allongent sur les vignes, compte parmi les plaisirs simples que cette vallée distribue généreusement.
Repartir au fil de l'eau
Quand le bateau largue ses amarres, les terrasses défilent de nouveau, et chacun les regarde différemment : on sait désormais ce qu'elles ont coûté d'efforts et ce qu'elles donnent en retour. Le soir venu, la lumière rasante dore les murets et souligne chaque courbe de niveau, spectacle dont on ne se lasse pas depuis le pont. Folgosa aura duré quelques heures à peine, mais le goût du porto dégusté face aux vignes, lui, reviendra à chaque bouteille ouverte. C'est la signature des lieux discrets : ils ne font pas de bruit sur le moment et occupent ensuite une place démesurée dans les souvenirs.


