L'ambre se ramasse ici depuis des millénaires sur les plages de la Baltique, et il a fait la fortune des marchands de Gdansk bien avant que les navires de croisière ne jettent l'ancre dans la baie. L'escale polonaise porte un double nom : les paquebots accostent à Gdynia, cité portuaire moderne, tandis que le grand rendez-vous historique attend à une trentaine de kilomètres au sud, dans la vieille cité hanséatique. Le môle Français, où se fait l'accostage, appartient à la zone industrielle : mieux vaut prévoir dès le débarquement une navette, un taxi ou le train régional, qui relie le centre de Gdansk en une quarantaine de minutes.

Gdynia mérite toutefois un premier regard. Née presque entièrement dans les années 1920, quand la Pologne retrouvée cherchait un accès à la mer, elle aligne une architecture moderniste étonnante autour de la place Kosciuszko, où sont amarrés le trois-mâts Dar Pomorza et le destroyer Blyskawica, tous deux transformés en musées flottants.

La Voie royale de Gdansk

Le cœur de la vieille cité se parcourt à pied, le long de la Voie royale. Passé la Porte dorée, la rue Dluga puis le Long Marché déroulent leurs façades étroites aux couleurs profondes, reconstruites pierre par pierre après les destructions de 1945. La fontaine de Neptune trône devant la Cour d'Artus, ancien lieu de rencontre des marchands, et l'hôtel de ville dresse sa tour élancée au-dessus des toits. Difficile de croire que ce décor Renaissance est ressuscité de ruines : la reconstruction, menée avec une minutie exemplaire, compte parmi les grandes fiertés polonaises.

Sainte-Marie et la rue de l'ambre

Une silhouette massive de brique rouge domine l'ensemble : la basilique Sainte-Marie, l'une des plus vastes églises de brique du monde, capable d'accueillir plusieurs milliers de fidèles. À ses pieds s'étire la rue Mariacka, la plus photogénique de la cité, bordée de perrons sculptés et d'ateliers d'orfèvres où l'ambre se décline en bijoux de toutes les teintes, du miel clair au cognac sombre. Marchander y fait partie du jeu, et les artisans expliquent volontiers comment reconnaître la résine véritable. Les excursions poussent parfois jusqu'à la cathédrale d'Oliwa, au nord, où les grandes orgues du 18e siècle donnent de courts récitals qui emplissent la nef.

Le long de la Motlawa

En rejoignant la rivière, les quais de la Motlawa offrent une des plus belles perspectives du voyage : d'un côté les façades patriciennes, de l'autre la Grue médiévale, gigantesque mécanisme de bois qui hissait autrefois mâts et tonneaux. Les terrasses s'enchaînent le long de l'eau, parfaites pour un plat de pierogis ou un poisson fumé de la Baltique. Les amateurs d'histoire contemporaine prolongeront vers les chantiers navals : c'est ici qu'est né le syndicat Solidarnosc mené par Lech Walesa, et le Centre européen de la Solidarité raconte avec force cette page qui a changé l'Europe. À l'entrée de la rade, la presqu'île de Westerplatte marque l'endroit où éclata la Seconde Guerre mondiale, le 1er septembre 1939.

Sopot, la parenthèse balnéaire

Entre Gdynia et Gdansk, la station de Sopot aligne villas Belle Époque et jardins face à la mer. Sa longue jetée de bois s'avance loin dans la baie, promenade favorite des Polonais en vacances. Ceux qui disposent de temps peuvent y faire halte au retour, le train desservant les trois cités de la Triville en continu.

Au moment où le navire s'éloigne de la côte, les grues des chantiers se découpent une dernière fois sur le ciel baltique. Cette escale aura mêlé les siècles avec une intensité rare : splendeur hanséatique, tragédies du 20e siècle et renaissance obstinée. On remonte à bord avec, souvent, un éclat d'ambre au fond de la poche, à la fois bijou et morceau de mémoire.