L'Etna donne le ton avant même l'arrivée. Le volcan, souvent coiffé d'un panache ou d'un chapeau de neige, domine la baie où les navires jettent l'ancre, face à Giardini Naxos. C'est sur ce rivage que des colons grecs fondèrent, au VIIIe siècle avant notre ère, la première colonie hellène de Sicile. Aujourd'hui, la station balnéaire sert surtout de porte d'entrée vers l'un des plus célèbres belvédères de la Méditerranée : Taormine, la cité perchée.

Un débarquement au bord de la baie

Les navires mouillent dans la baie et les annexes déposent les passagers au débarcadère du front de mer de Giardini Naxos. La station déroule sa promenade entre plages de sable sombre, terrasses et palmiers, ambiance décontractée de bord de mer sicilien. Ceux qui préfèrent rester en bas profiteront des terrasses et du long ruban de sable de la station, face au mouillage. Taormine se trouve à sept kilomètres, perchée sur son éperon : autocars d'excursion, navettes et taxis grimpent la route en lacets en une vingtaine de minutes. Le conseil des habitués : partir tôt, la montée se goûte mieux avant l'affluence de la mi-journée.

Le théâtre antique, la plus belle salle du monde

Taormine se résume parfois à une image, celle de son théâtre gréco-romain adossé à la montagne. La scène antique, élevée dès le IIIe siècle avant notre ère puis remaniée par les Romains, encadre un panorama que peu de monuments peuvent revendiquer : la côte ionienne en contrebas, et l'Etna en toile de fond, exactement dans l'axe. Des spectacles s'y tiennent encore chaque été, preuve que l'acoustique antique n'a rien perdu de sa science. On comprend que les Anciens aient choisi l'endroit; on comprend aussi les cinéastes, les écrivains et les voyageurs du Grand Tour qui en ont fait une légende. Prévoir du temps pour s'asseoir sur les gradins et laisser la vue faire son effet.

Flâner dans les hauteurs

La suite de la balade se déroule le long de l'artère principale, le corso Umberto, qui enfile portes médiévales, palais gothiques, placettes fleuries et vitrines élégantes. La piazza IX Aprile, terrasse ouverte sur la mer, offre l'une des pauses les plus courues de Sicile : granité au citron ou cannolo à la ricotta, au choix, pendant que les artistes de rue occupent le pavé en damier. Boutiques de céramiques colorées, jardins publics en balcon et venelles escarpées complètent la promenade, avec, à chaque trouée entre les façades, un aperçu vertigineux sur la côte en contrebas.

Isola Bella, la réserve au ras de l'eau

Entre Taormine et la mer, une télécabine relie en cinq minutes les hauteurs à la crique de Mazzarò. Là, une île minuscule reliée au rivage par une langue de galets compose l'un des sites les plus photographiés de Sicile : Isola Bella, ancienne propriété privée devenue réserve naturelle, avec sa végétation luxuriante et sa plage lilliputienne. Les excursions en bateau au départ de Giardini Naxos, environ deux heures, longent les grottes marines et offrent la perspective inverse : le bourg perché vu depuis les flots, accroché à son rocher entre ciel et mer.

Le souvenir qui reste

Au moment de remonter à bord, chacun emporte sa version de l'escale : les gradins antiques face au volcan, le corso au soleil couchant, l'eau translucide d'Isola Bella. Toutes convergent vers la même conclusion, formulée bien avant nous par des générations d'admirateurs : cette portion de côte sicilienne réussit le mariage improbable de la pierre, de la mer et du feu. Il faudra revenir, ne serait-ce que pour vérifier que l'Etna fume toujours.