Golfito doit son existence aux bananes. Dans les années 1930, la United Fruit Company y bâtit de toutes pièces une ville-comptoir pour loger ses employés, après avoir déplacé ses opérations de la côte caraïbe vers le Pacifique pour fuir les maladies qui ravageaient les plantations. Pendant plus de quarante ans, les cargos chargés de régimes verts quittèrent ce petit havre du sud costaricien. Puis, en 1985, la compagnie plia bagage. Restent aujourd'hui une ville étirée le long de l'eau, des maisons de bois sur pilotis héritées de l'époque bananière et, tout autour, une forêt tropicale parmi les plus imposantes du pays.
Un décor qui enveloppe tout
Le navire pénètre d'abord dans le Golfo Dulce, puis dans la petite baie intérieure qui sert d'abri naturel à Golfito. De l'eau, le coup d'œil est saisissant : des versants couverts d'arbres de trente à quarante-cinq mètres tombent presque directement dans la mer, et la ville se résume à un ruban de toits coincé entre les pentes et le rivage. Ce massif fait partie du refuge national de faune de Golfito, ce qui explique sa densité : les toucans et les aras s'observent parfois depuis la rue principale, et les singes ne se gênent pas pour traverser les fils électriques au-dessus des passants.
Sur les traces de la compagnie bananière
La promenade dans l'ancienne « zone américaine » constitue le cœur historique de l'escale. Ce quartier aéré, où logeaient les cadres de la United Fruit, aligne ses grandes demeures de bois à véranda sous les manguiers et les palmiers royaux. L'ensemble a conservé un caractère singulier, quelque part entre la Louisiane et les tropiques, et raconte mieux qu'un musée ce que fut l'âge d'or bananier. Plus loin, le quartier commerçant, plus dense et plus vivant, aligne sodas, boutiques et quincailleries dans une ambiance de petite ville portuaire qui vit à son propre rythme.
La forêt à portée de bateau
Les alentours offrent les plus belles heures de la journée. Les sorties en bateau sur le Golfo Dulce partent directement du front de mer : dauphins résidents, tortues et, en saison, baleines à bosse fréquentent ces eaux abritées. Certaines excursions filent vers des plages accessibles uniquement par la mer ou vers des jardins botaniques nichés sur la rive opposée. Côté terre, la station biologique de La Gamba, en lisière du parc national Piedras Blancas, propose des marches guidées dans une forêt primaire où les guides savent débusquer grenouilles colorées, oiseaux-mouches et traces de félins. Les amateurs de pêche sportive ne sont pas en reste : l'endroit compte parmi les hauts lieux costariciens de la discipline, et les capitaines locaux connaissent chaque courant du golfe. Beaucoup d'entre eux racontent volontiers, entre deux manœuvres, l'époque où les quais vibraient au chargement des cargos.
Conseils pour la journée
La région reçoit entre quatre et cinq mètres de pluie par année : autant dire qu'une averse fait partie des probabilités, souvent en après-midi. Prévoyez un imperméable léger, des chaussures qui acceptent la boue et un sac étanche pour l'appareil photo. Les averses passent vite et la chaleur revient aussitôt : habillez-vous léger, vous sécherez en marchant. Les commerces acceptent les colones et, très souvent, le dollar américain ; gardez un peu de monnaie pour les sodas. La chaleur humide invite à commencer tôt les activités et à garder les heures du midi pour un repas de poisson frais face à la baie.
Quand le navire reprend le large et que Golfito rapetisse entre ses collines, une évidence s'installe : ce port né d'un fruit d'exportation est devenu, sans vraiment le chercher, l'une des portes les plus attachantes du Costa Rica sauvage. La compagnie est partie, la forêt est restée, et c'est elle qui a le dernier mot.


