Un moine de dos, face aux ruines d'une abbaye gothique sous un ciel immense : les toiles de Caspar David Friedrich ont fixé pour toujours l'âme de sa ville natale. Le maître du romantisme allemand est né à Greifswald en 1774, et le voyageur qui débarque sur les rives de la Baltique entre ici, littéralement, dans un tableau.
Wieck, un village de pêcheurs en guise de porte
Les navires de passagers accostent à Wieck, à l'embouchure de la petite rivière Ryck, le long d'une jetée réservée aux bâtiments de croisière. Le décor donne le ton : cottages aux toits de chaume, filets qui sèchent, voiliers amarrés et, enjambant la rivière, un pont de bois à bascule construit en 1887 sur le modèle hollandais, qui se lève encore pour laisser passer les mâts. Le hameau se parcourt en une demi-heure paisible, cabanes de fumage de poisson comprises.
Les ruines qui ont inspiré un peintre
À courte distance de marche du quai se dressent les vestiges de l'abbaye d'Eldena, fondée en 1199 par des moines cisterciens danois. C'est autour de ce monastère que la cité est née; c'est aussi devant ses arches de brique rongées par le temps que Friedrich a trouvé l'un de ses motifs favoris. Les ruines se visitent librement, dans un parc où la lumière du soir semble parfois sortie d'une de ses toiles.
Entre l'abbaye et le large s'étend une plage familiale bordée de pelouses, où les habitants viennent nager dans les eaux calmes de la baie dès les beaux jours. Les paniers de plage en osier, ces fauteuils couverts typiques de la Baltique allemande, y montent la garde face à la mer : une scène estivale qui n'a guère changé depuis un siècle.
La vieille ville hanséatique
Le centre historique s'étend à environ cinq kilomètres du quai, que l'on rejoint en navette, en taxi ou à vélo par la piste qui longe la rivière. Membre de la Hanse dès le Moyen Âge, Greifswald en a conservé l'orgueil de brique : trois églises gothiques dominent les toits, dont la cathédrale Saint-Nicolas et son haut clocher, tandis que la place du marché aligne des maisons à pignons parmi les plus travaillées de la Baltique. Certains jours de marché, les étals de poisson fumé et de produits de la région animent le pavé entre les façades gothiques. L'université, fondée en 1456, compte parmi les plus anciennes d'Europe du Nord et remplit les rues d'étudiants à vélo, de librairies et de cafés.
Sur les pas de Friedrich
Greifswald cultive la mémoire de son peintre avec discrétion. Le Pommersches Landesmuseum, le musée régional de Poméranie, conserve plusieurs de ses œuvres et retrace l'histoire de cette province balte. Un parcours balisé relie les lieux qui ont marqué sa jeunesse et les points de vue qui l'ont inspiré, du port-musée, où goélettes et cotres anciens sont entretenus avec patience par des bénévoles, jusqu'aux berges du Ryck. Suivre ce chemin, c'est apprendre à regarder le paysage comme lui : ciel d'abord, horizon ensuite, silhouettes enfin.
S'orienter depuis le quai
- Jetée passagers à Wieck; village et abbaye d'Eldena accessibles à pied.
- Vieille ville à environ cinq kilomètres : navette, taxi ou vélo le long de la rivière.
- Pommersches Landesmuseum : œuvres de Caspar David Friedrich et histoire régionale.
- Marché sur la grande place certains jours; plage de la baie à courte distance de Wieck.
Le soir, quand le navire s'éloigne de la côte basse de Poméranie, le clocher de la cathédrale s'attarde un moment au-dessus des arbres, exactement comme dans les tableaux. Certaines escales montrent des monuments; celle-ci enseigne une manière de contempler. Et longtemps après le départ, face à un ciel changeant, on se surprend à penser encore à Greifswald.


