On entend Groningen avant de la voir : un carillon qui s'égrène, des sonnettes de vélos par centaines, des conversations de terrasse qui débordent sur les quais. Capitale du nord des Pays-Bas, la ville compte parmi les plus jeunes du pays grâce à son université fondée en 1614, et cette jeunesse imprègne chaque rue du centre. Peu de voyageurs la connaissent, et c'est tant mieux : la découverte n'en est que plus franche.

Arriver par les canaux

Les bateaux de croisière fluviale accostent aux abords du cœur historique, ceinturé d'eau comme tant de cités néerlandaises. Quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre les premières ruelles, où le vélo règne en maître absolu : ici, les deux-roues dépassent largement le nombre d'habitants, et la première leçon locale consiste à regarder des deux côtés avant de traverser une piste cyclable.

La tour que les habitants surnomment d'Olle Grieze

Tous les chemins mènent à la Grote Markt, la place principale, dominée par la Martinitoren. Cette tour du quinzième siècle culmine à près de quatre-vingt-dix-sept mètres, et les habitants l'appellent affectueusement d'Olle Grieze, la vieille grise. Son ascension, permise selon les horaires, récompense l'effort par une vue plongeante sur les toits, les canaux et la campagne plate qui s'étire jusqu'à la mer des Wadden. En bas, l'hôtel de ville néoclassique et les terrasses complètent le décor d'une place toujours en mouvement.

Un musée qui ne ressemble à aucun autre

Face à la gare, posé sur l'eau, le Groninger Museum étonne d'abord par son enveloppe : pavillons colorés, formes audacieuses, reflets métalliques. L'intérieur alterne art contemporain, design et expositions consacrées à l'histoire régionale. Même sans y entrer, le bâtiment mérite le détour, ne serait-ce que pour le contraste qu'il offre avec les façades anciennes du centre.

Les quais anciens et le jardin caché

Les plus beaux angles de la ville se trouvent le long des canaux Hoge der A et Lage der A, où d'anciens entrepôts à pignons se reflètent dans l'eau calme, souvenirs du temps où le grain et la tourbe transitaient par ici. À quelques rues de là, derrière le Prinsenhof, l'ancien palais des gouverneurs, se cache le Prinsentuin, un jardin renaissance dessiné au dix-septième siècle : roseraie, charmilles taillées et cadran solaire, avec un salon de thé où les habitants viennent lire à l'ombre. En saison, des barques vitrées proposent une heure de circuit sur les canaux, une autre façon de comprendre la ville.

Le ventre de la cité

À deux pas de la Grote Markt s'ouvre le Vismarkt, l'ancienne place au poisson, fermée à une extrémité par la façade à colonnes de la Korenbeurs, la Bourse aux grains, souvenir du temps où la province nourrissait tout le nord du pays. Les jours de marché, fruits, fleurs, harengs et fromages s'y vendent dans un joyeux désordre, et les étudiants s'y ravitaillent entre deux cours. Pour une pause verte, le Noorderplantsoen, parc paysager aménagé sur les anciens remparts, déroule étangs et pelouses à la lisière du centre : par beau temps, la moitié du quartier semble s'y donner rendez-vous.

Petit mémo du voyageur

  • Centre entièrement accessible à pied depuis les amarrages fluviaux.
  • Montée de la Martinitoren selon les horaires affichés à l'office du tourisme.
  • Groninger Museum : compter une à deux heures.
  • Marchés sur la Grote Markt et le Vismarkt plusieurs jours par semaine.

Au moment de reprendre l'eau, une dernière image s'impose : celle des étudiants qui pédalent le long des quais, sacoches pleines de livres, sous le regard de la vieille tour grise. Groningen ne cherche pas à séduire; elle vit, tout simplement, et c'est ce naturel qui donne envie de prolonger la promenade bien au-delà du temps d'une escale.