Bien avant l'accostage, une silhouette accapare tous les regards sur les ponts extérieurs : un cône presque parfait, strié de vert et de basalte, posé au bord de l'eau comme une flèche d'église naturelle. Le Kirkjufell, sommet le plus photographié d'Islande, veille sur Grundarfjördur, un village de pêche d'environ neuf cents âmes accroché à la côte nord de la péninsule de Snaefellsnes, et cette sentinelle de pierre donne à l'arrivée des airs de cérémonie.
Un quai au centre du village
Ici, aucune navette obligatoire ni terminal lointain : la jetée se trouve au cœur même du bourg. En quelques pas, on longe les séchoirs, les bateaux et les maisons aux toits de tôle colorée, dans une odeur franche d'océan et de poisson frais. La vie locale se laisse observer sans mise en scène : chariots de morue, gamins à vélo, cris des sternes au-dessus des quais.
Marcher jusqu'au Kirkjufell
La montagne emblématique s'atteint à pied : environ un kilomètre et demi depuis la jetée, soit une vingtaine de minutes le long de la baie. Haut de quatre cent soixante-trois mètres, le Kirkjufell doit sa célébrité à sa forme singulière, sculptée par les glaciers, et à son rôle de « montagne en pointe de flèche » dans la série Game of Thrones. La marche longe la route côtière, accotements étroits par endroits : prudence les jours de brouillard. Juste en face, la cascade de Kirkjufellsfoss dévale en gradins, offrant le premier plan idéal pour la photo que tout le monde rêve de rapporter. Tôt le matin, quand la lumière rasante embrase les pentes, le site appartient presque aux seuls passagers.
La péninsule que les Islandais appellent leur pays en miniature
Les excursions proposées à terre parcourent Snaefellsnes, surnommée l'Islande en miniature tant elle concentre de paysages : champs de lave moussus, plages de galets noirs, falaises à oiseaux et villages de pêcheurs. Au bout de la péninsule veille le Snaefellsjökull, volcan coiffé d'un glacier que Jules Verne choisit comme porte d'entrée de son Voyage au centre de la Terre. En chemin, la plage de Djupalonssandur conserve les débris rouillés d'un chalutier britannique naufragé en 1948, dispersés parmi les galets en guise de mémorial, tandis que la petite église noire de Budir se détache seule au milieu de la lave. Les distances restent raisonnables : la plupart des sites se trouvent à moins d'une heure de route du quai.
La baie autrement
Pour qui préfère rester près du bord, les possibilités ne manquent pas : sortie en kayak de mer sous les pentes striées, observation des oiseaux autour de l'îlot protégé de Melrakkaey, refuge d'oiseaux marins à l'entrée de la baie, ou simple flânerie jusqu'au centre du patrimoine local quand il ouvre ses portes, où l'on évoque la saga des pêcheurs d'ici et ces goélettes françaises qui, au dix-neuvième siècle, venaient traquer la morue dans les eaux islandaises. Les cafés du bourg servent soupe de poisson et pain maison, réconfort bienvenu quand le vent se lève. En été, la clarté ne quitte presque jamais le ciel : à minuit, les pentes gardent une lueur rose que les photographes attendent en silence sur le quai.
À prévoir
- Jetée au centre du village; tout le bourg se parcourt à pied.
- Kirkjufell et sa cascade : environ 20 minutes de marche depuis le quai.
- Excursions vers Snaefellsnes : compter de quatre à cinq heures.
- Vêtements coupe-vent recommandés en toute saison.
Au moment où le navire reprend le large, le cône emblématique s'amenuise lentement dans le sillage, dernier repère avant les caps sauvages. Les passagers restent longtemps sur les ponts, incapables de détacher les yeux de cette côte. L'Islande produit cet effet : elle ne se contente pas d'être vue, elle s'imprime.


