On croit connaître Ibiza avant même d'y poser le pied. Les clubs, les DJs, les nuits sans fin. Puis le navire contourne le phare de Botafoc et une tout autre image s'impose : une colline coiffée de remparts couleur de miel, une cathédrale posée au sommet, des façades blanches qui dévalent vers les quais. Dalt Vila, la haute ville d'Eivissa, veille sur la rade depuis plus de quatre siècles. La fête existe, bien sûr, mais elle ne s'éveille qu'à la nuit tombée. Le jour appartient aux curieux.
Du quai de Botafoc aux ruelles de la Marina
La plupart des navires accostent au môle de Botafoc, à environ 3 km du centre historique. Une navette ou un taxi franchit la distance en quelques minutes; les marcheurs longent le bassin de plaisance en une trentaine de minutes, sur un trajet plat mais peu ombragé. Les unités de plus petite taille obtiennent parfois le quai de Levante, juste sous les fortifications.
Les premiers pas mènent naturellement dans le quartier de la Marina, entre les terrasses, les boutiques et les étals du Mercat Vell, le vieux marché aux colonnes blanches où les producteurs de l'île vendent fruits, herbes et fromages depuis le XIXe siècle. C'est ici que bat le cœur commerçant d'Eivissa, à l'ombre des murailles.
Dalt Vila, une forteresse de la Renaissance
On entre dans la haute ville par le Portal de ses Taules, une rampe monumentale qui franchit les remparts au-dessus d'un ancien pont-levis. Les murailles actuelles, élevées au XVIe siècle sous Philippe II d'Espagne, comptent parmi les fortifications Renaissance les mieux conservées de la Méditerranée; l'UNESCO les a inscrites au patrimoine mondial en 1999.
À l'intérieur, les venelles pavées grimpent entre les maisons chaulées, les bougainvilliers et les ateliers d'artistes. La montée demande un effort, récompensé à chaque palier : les bastions s'ouvrent tour à tour sur la rade, sur les toits blancs et, par temps clair, sur la silhouette de Formentera. Au sommet, la cathédrale Santa Maria de les Neus rassemble sept siècles d'architecture autour de son clocher massif.
La nécropole du Puig des Molins
À quelques minutes de marche des remparts, une colline plantée d'oliviers cache l'une des plus vastes nécropoles phéniciennes et puniques de la Méditerranée. Des milliers de tombes creusées dans la roche y furent utilisées pendant près d'un millénaire. Le musée attenant expose les objets qui accompagnaient les défunts, dont le célèbre buste de la déesse Tanit, devenu un emblème de l'île. Peu de croisiéristes s'y arrêtent : le silence du lieu n'en est que plus saisissant.
Une baignade avant de rentrer
Ceux qui préfèrent l'eau salée aux vieilles pierres trouveront leur bonheur sans s'éloigner. La plage de Talamanca déroule son arc de sable à courte distance du débarcadère, avec des eaux calmes et des paillotes où déguster une paella face à la baie. Plus loin au sud, les salines d'Eivissa, exploitées depuis l'Antiquité, composent un paysage de miroirs roses et blancs fréquenté par les flamants; une excursion en autocar ou en taxi permet d'y jumeler la plage de Ses Salines, l'une des plus courues de l'île.
Repères pratiques
- Navette ou taxi entre le môle et le centre : environ 10 minutes; à pied, comptez 30 à 40 minutes.
- La montée vers Dalt Vila se fait uniquement en marchant, sur des pavés parfois glissants : de bonnes chaussures s'imposent.
- Plage de Talamanca : une quinzaine de minutes de marche depuis le môle.
- En été, prévoyez eau et chapeau; l'ombre se fait rare sur les remparts.
En redescendant vers le navire, quand la lumière du soir dore les murailles et que les terrasses de la Marina s'animent doucement, on comprend que cette île joue depuis toujours sur deux registres. Les noctambules connaissent le second. Vous repartez avec le premier, et c'est peut-être le plus durable des deux.


