Depuis la mer, deux forteresses encadrent une ville posée entre elles comme un livre ouvert. Corfou annonce sa couleur avant même l'accostage : quatre siècles de présence vénitienne ont laissé à la capitale de l'île ionienne des façades patinées, des arcades élégantes et un art de vivre qui tient plus de l'Italie que des Cyclades. L'ensemble de la vieille ville figure d'ailleurs au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Du nouveau port à la Spianada
Les navires accostent au nouveau port, à environ deux kilomètres à l'ouest du centre historique. La plupart des compagnies offrent une navette jusqu'aux abords de la vieille forteresse; les marcheurs peuvent aussi longer le front de mer en une vingtaine de minutes, un trajet plat et agréable au bord de l'eau. On débouche alors sur la Spianada, vaste esplanade où les Corfiotes jouent au cricket, héritage de la parenthèse britannique du 19e siècle. Les kiosques à musique et les allées bordées d'arbres en font le lieu de rendez-vous des familles en fin de journée, et l'on y prend le pouls de l'île mieux que nulle part ailleurs.
Le Liston et les ruelles vénitiennes
En bordure de l'esplanade, les arcades du Liston alignent cafés et lampadaires à la française, copie assumée de la rue de Rivoli parisienne, commandée à l'époque où l'île vivait à l'heure française. Derrière commence le labyrinthe : ruelles étroites que les habitants appellent kantounia, linge tendu entre les balcons, églises byzantines et placettes où les chats règnent sans partage. On s'y perd volontiers une heure ou deux, entre une boutique de kumquat confit, spécialité corfiote, et une taverne où mijote le pastitsada, ragoût parfumé à la cannelle. Les amateurs d'art sacré pousseront la porte de l'église Saint-Spyridon, dont le campanile à dôme rouge, le plus haut des îles Ioniennes, domine les toits : le saint patron de l'île y repose dans une châsse d'argent, et les habitants viennent le saluer à toute heure du jour, cierges en main.
Deux forteresses pour une ville
La vieille forteresse, dressée sur son promontoire rocheux à l'est de la Spianada, se laisse gravir jusqu'à son phare : la récompense est un panorama complet sur les toits, la côte albanaise et la masse verte des collines. Sa cadette, la nouvelle forteresse, veille au-dessus du vieux port et attire moins de monde, ce qui en fait un but de promenade plus tranquille. Entre les deux, la cité n'a jamais eu besoin de remparts supplémentaires : la mer et la pierre suffisaient.
L'Achilleion, caprice d'impératrice
À dix kilomètres au sud-ouest, l'Achilleion fait partie des excursions classiques de l'escale. L'impératrice Élisabeth d'Autriche, la célèbre Sissi, fit construire ce palais néoclassique dédié au héros Achille, dont les statues peuplent des jardins en terrasses face à la mer Ionienne. Le bus n°10 s'y rend depuis la place San Rocco, et les tours organisés combinent souvent la visite avec un arrêt en bord de mer. Comptez une demi-journée pour l'ensemble, en gardant un œil sur l'horaire de retour du navire.
Organiser ses heures à terre
- Matinée : vieille ville et forteresse à pied, sans autre transport que ses jambes.
- Après-midi : Achilleion en bus local ou en excursion.
- Pause : café glacé sous les arcades du Liston, aux premières loges de la vie corfiote.
Le cap vers le large
Au moment du départ, la lumière du soir adoucit les façades vénitiennes et les deux forteresses redeviennent des silhouettes. Corfou possède cette qualité des lieux longtemps convoités : chaque puissance y a déposé quelque chose avant de partir, et le voyageur repart à son tour avec sa part du butin, faite de couleurs, de parfums d'agrumes et d'une furieuse envie d'explorer le reste de l'île.


