Aucune route, presque aucun habitant, pas un lampadaire : Palmarola vit encore comme au premier matin du monde. Cette île de l'archipel des Pontines, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Ponza et au large des côtes du Latium, se rejoint uniquement par bateau — une trentaine de minutes de traversée depuis le port de Ponza. Les navires d'expédition et les petites unités y mouillent au large de falaises volcaniques couvertes de maquis, et les zodiacs déposent les passagers sur l'unique plage habitée. L'escale est une immersion, au sens propre, dans une Méditerranée d'avant le tourisme.

Une île volcanique sculptée par la mer

Palmarola est née du feu : ses roches claires et découpées, cathédrales de tuf et d'obsidienne, plongent dans des eaux dont la transparence surprend même les navigateurs aguerris. La côte s'ourle de grottes marines, d'arches et d'aiguilles ; les faraglioni du versant nord, surnommés « les cathédrales » pour leurs parois nervurées comme des orgues, comptent parmi les paysages marins les plus saisissants d'Italie. L'île entière est protégée, et l'essentiel de la journée se passe à la contempler depuis l'eau, en canot ou à la nage. Dès la préhistoire pourtant, ce rocher comptait : son obsidienne, ce verre volcanique noir recherché pour tailler lames et outils, circulait à travers l'Italie néolithique — l'un des rares gisements de la Méditerranée occidentale.

Cala del Porto, le seul rivage habité

La descente à terre se fait généralement à Cala del Porto, sur la côte est : une plage de sable et de galets, une poignée de maisons troglodytiques creusées dans le tuf et un unique restaurant saisonnier posé les pieds dans l'eau. Derrière la plage, un sentier grimpe vers la petite chapelle dédiée à saint Silvère. L'ensemble se parcourt en peu de temps ; le luxe, ici, consiste à ralentir, à s'asseoir face à la baie et à écouter le ressac.

Un pape en exil

L'île porte une histoire singulière : le pape Silvère, déposé et banni au VIe siècle, y aurait fini ses jours en 537. Devenu saint patron de l'archipel, il est honoré chaque année par les habitants de Ponza qui traversent en procession de bateaux jusqu'à la chapelle. Ce minuscule sanctuaire blanc, perché au-dessus de la crique, résume l'esprit du lieu : un rocher austère où l'homme n'a jamais fait que passer.

Grottes, criques et baignades

Le tour de l'île en bateau égrène les merveilles : Cala Brigantina et ses cavités où l'on pénètre à la nage, parois zébrées d'obsidienne noire, fonds poissonneux qui font le bonheur des amateurs de masque et tuba. Les eaux, parmi les plus limpides de la Tyrrhénienne, tirent sur le turquoise au-dessus des fonds clairs. Mérous, saupes et bancs de castagnoles fréquentent les tombants ; avec de la chance, des dauphins escortent les embarcations dans le canal entre les deux îles. Les oiseaux marins nichent par centaines dans les parois, et leurs cris accompagnent chaque passage de zodiac sous les arches.

Conseils pour la journée

  • Prévoir chapeau, eau et protection solaire : l'ombre est rare et les services quasi inexistants
  • Chaussures d'eau recommandées pour les plages de galets et les rochers
  • Masque et tuba indispensables : les fonds constituent l'attraction principale
  • Aucun commerce hormis le restaurant saisonnier de Cala del Porto ; emporter le nécessaire
  • Prévoir plus de temps dans l'eau qu'à terre : la baignade reste la meilleure façon de faire connaissance avec les lieux

Quand le zodiac reprend le chemin du navire, les falaises blondes s'éloignent et l'île redevient ce qu'elle n'a jamais cessé d'être : un refuge pour les oiseaux marins, les plongeurs silencieux et les rêveurs. Palmarola ne se raconte pas très bien ; elle se vit, puis elle manque. C'est le propre des lieux restés intacts.