Peu de villes offrent pareille entrée en scène. Le navire remonte le Bosphore entre deux continents, croise les cargos et les traversiers, longe les palais ottomans et les minarets, puis s'amarre en plein cœur d'Istanbul. Galataport, inauguré en 2021 sur la rive européenne, a enterré son terminal sous une promenade de boutiques et de restaurants : on débarque littéralement dans la rue, à Karaköy, au milieu des seize millions d'habitants de l'ancienne Constantinople.
Karaköy et Tophane, le quartier du quai
Inutile de chercher une navette : tout commence à pied. Les ruelles de Karaköy, à deux pas des passerelles, mêlent cafés troisième vague, ateliers d'artisans et vendeurs de simit. En longeant le quai vers Tophane, on croise la mosquée Kılıç Ali Paşa, œuvre du grand architecte Sinan au XVIe siècle, et son hammam soigneusement restauré où l'on peut vivre le rituel du bain turc. Le musée Istanbul Modern, tout proche, expose l'art contemporain turc face au Bosphore. La tour de Galata, elle, se gagne en vingt-cinq minutes de montée à travers les rues pentues; son balcon circulaire embrasse la Corne d'Or entière.
Sultanahmet, le cœur impérial
Le tramway T1, à l'arrêt Tophane, franchit la Corne d'Or et dépose en un quart d'heure au pied des monuments majeurs. Sainte-Sophie d'abord, basilique du VIe siècle devenue mosquée, dont la coupole a défié quatorze siècles d'architectes. En face, la mosquée Bleue déploie ses six minarets et ses faïences d'Iznik. À quelques pas, la Citerne Basilique aligne ses colonnes dans une pénombre liquide, et le palais de Topkapi étage ses cours et ses kiosques au-dessus du détroit. Une seule escale ne suffit pas à tout épuiser : mieux vaut choisir deux ou trois sites et les savourer pleinement que courir tous les autres.
Le Grand Bazar et les saveurs
Depuis Sultanahmet, dix minutes de marche ou un arrêt de plus sur la ligne T1 mènent au Grand Bazar, labyrinthe couvert de plus de 4 000 boutiques où tapis, lampes et bijoux se négocient dans un joyeux théâtre. Le bazar égyptien, près du pont de Galata, embaume les épices et les loukoums. Entre deux emplettes, goûtez un kebap au feu de bois, des mezze face à l'eau ou un thé servi dans son verre tulipe : Istanbul se déguste autant qu'elle se regarde. Dans les mosquées, épaules et genoux couverts et chaussures à la main; les visites s'interrompent aux heures de prière, ce qui laisse justement le temps d'un baklava.
Si les heures le permettent
Avec une plus longue plage à quai, montez par le funiculaire vers la place Taksim et redescendez l'avenue Istiklal, artère piétonne où circule un tramway rouge d'un autre âge, entre passages couverts, librairies et pâtisseries. Autre option, plus contemplative : embarquer sur l'un des vapur, ces traversiers blancs qui zigzaguent entre les rives depuis plus d'un siècle. Pour le prix d'un billet de transport en commun, le détroit défile avec ses palais, ses mosquées et ses collines de cyprès, mouettes en escorte.
Distances depuis Galataport
| Destination | Distance | Trajet conseillé |
|---|---|---|
| Tour de Galata | 1,5 km | 20 à 25 minutes à pied |
| Sainte-Sophie | 3,5 km | Tramway T1, 10 à 15 minutes |
| Grand Bazar | 4 km | Tramway T1 puis courte marche |
| Place Taksim | 2 km | Funiculaire ou marche par Istiklal |
Le soir, depuis le pont du navire, la ville s'illumine des deux côtés de l'eau : minarets dorés sur une rive, tours de verre sur l'autre, et entre les deux ce détroit qui a vu passer Byzance, Rome et les sultans. On repart d'Istanbul les sens saturés d'appels à la prière, de parfums d'épices et de reflets sur l'eau, avec la certitude un peu vertigineuse d'avoir seulement soulevé un coin du voile. C'est exactement la raison d'y revenir.


