Les maisons blanches dégringolent des collines jusqu'à une anse minuscule où se balancent voiliers et goélettes. Kas, ancienne Antiphellos des Lyciens, occupe l'extrémité sud de la côte turquoise, dans la province d'Antalya. Trop petite pour les grands terminaux, elle accueille surtout des navires de taille modeste, qui jettent l'ancre dans la baie et déposent leurs passagers en chaloupe au cœur même du village. On pose le pied directement au milieu du bourg, entre les filets des pêcheurs et les terrasses ombragées, sans terminal ni file d'attente : le dépaysement commence à la première enjambée.
Un théâtre face à la mer
À une dizaine de minutes de marche du centre, le théâtre antique d'Antiphellos veille sur la Méditerranée depuis l'époque hellénistique. Ses gradins de pierre blonde, restés étonnamment complets, s'ouvrent non pas sur une scène mais sur l'horizon marin. On s'y assoit volontiers quelques instants, là où les spectateurs lyciens puis romains prenaient place il y a plus de deux mille ans. Aucune barrière, aucun tourniquet : le monument appartient simplement au paysage, et les habitants viennent y lire ou y regarder passer les voiles. En fin de journée, quand la lumière rase les pierres, l'endroit devient l'un des plus beaux belvédères de la côte.
Des tombeaux au coin des rues
Kas a poussé au milieu de sa propre histoire. Des sarcophages lyciens monumentaux, coiffés de leurs couvercles en ogive, se dressent en plein cœur du village, parfois au beau milieu d'une rue commerçante. Le plus photographié trône en haut de la rue Uzun Çarsi, entouré de boutiques et de bougainvilliers. Cette cohabitation tranquille entre la vie quotidienne et les monuments funéraires vieux de vingt-quatre siècles donne au bourg une personnalité que peu d'escales possèdent.
Ruelles, terrasses et artisans
Le centre se parcourt entièrement à pied. Les ruelles pavées grimpent entre les maisons à balcons de bois croulant sous les fleurs, les échoppes d'artisans, les galeries et les cafés. On y déniche tapis, céramiques, bijoux d'argent et épices, dans une atmosphère bien plus détendue que dans les grands bazars du pays. Les terrasses qui entourent la baie invitent à une pause : un thé turc, une assiette de mezze, le clapotis des amarres en fond sonore.
La mer comme terrain de jeu
Kas est aussi l'un des hauts lieux de la plongée sous-marine en Turquie, et les excursions en bateau partent du front de mer vers les criques des environs, ces anses fermées où l'eau prend des teintes de verre coloré et où les goélettes jettent l'ancre pour la baignade. Juste en face, à quelques kilomètres seulement, se profile l'île grecque de Kastellorizo, si proche que l'on distingue ses maisons colorées. Cette frontière liquide, où les caïques croisent les traversiers grecs, rappelle que la Méditerranée a toujours été un pont davantage qu'une barrière.
Repères pratiques
- Débarquement en chaloupe directement au centre du village.
- Théâtre antique : environ 10 minutes de marche depuis le quai, accès libre.
- Sarcophage lycien de la rue Uzun Çarsi : en plein centre, à quelques minutes à pied.
- Excursions en bateau vers les criques voisines au départ du front de mer.
- Ruelles pavées et pentues dans la vieille partie du bourg : chaussures confortables recommandées.
- Monnaie locale : la livre turque; les euros sont souvent acceptés dans les commerces.
Au moment de regagner le bord, beaucoup de passagers traînent le pas le long de l'eau, un cornet de crème glacée à la main, pour profiter encore un peu de la douceur du lieu. Kas ne cherche pas à impressionner. Elle laisse simplement le souvenir d'un village où l'histoire dort au soleil, et où l'on se promet de revenir prendre le temps qui a manqué.


