Une heure et demie de mer sépare Kythnos de l'agitation d'Athènes, mais on jurerait un autre monde. Cette île des Cyclades occidentales vit encore au rythme des chèvres, des chapelles et des tavernes familiales, loin des foules de Mykonos ou de Santorin. Les navires de croisière qui s'y arrêtent, généralement de petite taille, mouillent devant Merichas, sur la côte ouest, où les terrasses trempent presque dans l'eau.

Merichas, le rivage tranquille

Le débarquement se fait au cœur du bourg, le long d'une baie bordée de tamaris. Cafés, tavernes et commerces s'étirent sur le front de mer, où les pêcheurs déchargent leurs caisses au petit matin pendant que les chats attendent leur part. L'endroit se prête à une entrée en matière toute simple : un café grec en terrasse, les pieds à deux mètres de l'eau, le temps de regarder vivre une communauté insulaire qui n'a pas modifié ses habitudes pour les visiteurs.

Kolona, la plage double

Le site le plus étonnant de l'île se mérite ou se navigue. Kolona est une langue de sable qui relie Kythnos à l'îlot d'Agios Loukas, avec la mer des deux côtés : deux rivages dos à dos, séparés par quelques enjambées de sable blond. En été, un service de bateau part du débarcadère et évite une randonnée exigeante sous le soleil. On s'y baigne d'un côté puis de l'autre, selon le vent, dans des eaux dont les dégradés semblent retouchés. Prévoyez parasol ou chapeau : l'endroit est saisissant mais presque dépourvu d'ombre.

Loutra, les sources chaudes des Cyclades

Fait unique dans l'archipel, l'île possède des sources thermales, qui ont donné son nom au hameau de Loutra, sur la côte nord-est. Deux sources y coulent : celle d'Agioi Anargyroi, à 36 degrés, alimente le centre d'hydrothérapie, tandis que celle de Kakavou, à une cinquantaine de mètres, jaillit à 52 degrés. L'eau chaude se déverse jusque dans la baie, et l'on peut tremper dans la mer tiédie même hors saison. Les curistes grecs fréquentent ces bassins pour les rhumatismes; les passagers, eux, y trouvent surtout un plaisir insolite. Le hameau conserve aussi quelques tavernes au bord de l'eau, où l'on mange les pieds dans le sable, en regardant fumer l'eau chaude qui descend se mêler à la mer.

Chora, le balcon de l'intérieur

À huit kilomètres du rivage, la capitale de l'île, que les habitants nomment aussi Messaria, s'étale au bord d'un plateau. Ruelles chaulées, passages voûtés, églises à dôme bleu et cafés d'habitués composent un décor cycladique sans boutique de luxe ni rabatteur. On s'y perd volontiers une heure, entre les pots de basilic et les escaliers peints, avant de redescendre vers la côte. Les habitants saluent d'un signe de tête, un tracteur passe, une cloche sonne quelque part : la vie continue exactement comme si personne ne regardait.

Repères pratiques

  • Mouillage devant Merichas, débarquement en chaloupe au centre du bourg.
  • Kolona : navette maritime saisonnière depuis le débarcadère, bien plus simple que le sentier.
  • Loutra et ses sources : sur la côte nord-est; taxi ou voiture de location.
  • Chora : 8 km du rivage; peu de taxis sur l'île, réservez tôt dans la journée.
  • Apportez maillot et serviette : les occasions de baignade sont partout.
  • Peu d'infrastructures touristiques : prévoyez de l'argent comptant pour les petites adresses.

Kythnos ne figure dans aucun palmarès et s'en porte très bien. Ceux qui y débarquent par hasard, au gré d'un itinéraire de petite croisière, repartent avec le sentiment d'avoir surpris la Grèce dans son intimité : une langue de sable entre deux mers, de l'eau chaude qui sort de la terre, et des villages qui n'attendent personne mais accueillent tout le monde.