Le goulet se resserre, la forteresse du Morro veille sur l'entrée de la rade comme elle le fait depuis quatre siècles, et le navire glisse lentement vers les clochers de la vieille ville. À La Havane, l'accostage tient du privilège : le terminal Sierra Maestra se dresse en plein cœur historique, directement en face de la Plaza de San Francisco. Quelques pas suffisent pour passer de la passerelle aux pavés coloniaux. Peu de capitales des Amériques offrent une arrivée aussi immédiate.

Premier contact : la place aux colonnades

En sortant du terminal, la place s'ouvre aussitôt avec sa fontaine aux lions, ses colonnades et la basilique San Francisco de Asís, dont le campanile domine les toits du quartier. Les calèches attendent le long des façades, les vendeurs de café ambulant circulent entre les passants, et les guides locaux proposent leurs services pour une promenade à pied. C'est le point de départ naturel de toute escale havanaise, et l'un des quatre grands ensembles qui structurent la Vieille Havane, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.

D'une place à l'autre

La Plaza de Armas, la plus ancienne de la capitale, se rejoint en une dizaine de minutes en longeant les rues piétonnes. Ses bouquinistes installés sous les palmiers entourent une statue de Carlos Manuel de Céspedes, et le Palacio de los Capitanes Generales rappelle l'époque où les gouverneurs espagnols dirigeaient l'île depuis ces murs. Un peu plus au sud, la Plaza Vieja étonne par ses balcons restaurés, ses arcades peintes et ses cafés en terrasse. Entre les deux, chaque rue transversale réserve sa scène de vie : un atelier de cigares, une cour intérieure, un groupe de musiciens répétant derrière une fenêtre ouverte.

La rue Obispo et le souvenir d'Hemingway

Artère commerçante et bruyante, la calle Obispo relie le quartier des places au Parque Central. Les librairies y côtoient les pharmacies anciennes aux flacons de porcelaine et les bars où l'on prépare le daiquiri à la chaîne. À quelques mètres de là, l'hôtel Ambos Mundos conserve la chambre où Ernest Hemingway séjourna dans les années 1930 : l'écrivain y travaillait à ses romans avant de s'installer dans les environs de la capitale. Le lieu se visite librement, et sa terrasse sur le toit offre une vue étendue sur les toits de la vieille ville et la baie.

Le Prado, le Capitole et les vieilles américaines

Au bout d'Obispo, l'ambiance change d'échelle. Le Paseo del Prado, promenade ombragée pavée de marbre, descend vers la mer entre deux rangées de bâtiments éclectiques. Les Chevrolet et les Buick des années 1950, repeintes en rose, en turquoise ou en jaune vif, patientent le long du trottoir : une balade d'une heure en voiture ancienne demeure l'une des façons les plus efficaces de parcourir les quartiers plus éloignés, du Vedado à la Plaza de la Revolución. Tout près s'élèvent le Capitole national, dont la coupole rappelle celle de Washington, et le Gran Teatro de La Habana, siège du ballet national.

Le Malecón et le marché San José

Impossible de repartir sans avoir marché un moment sur le Malecón, ce boulevard de bord de mer où les vagues éclaboussent le parapet et où les Havanais viennent pêcher, discuter ou simplement regarder l'horizon. Dans l'autre direction, à une quinzaine de minutes à pied du terminal le long du front portuaire, les anciens entrepôts Almacenes San José abritent le plus grand marché d'artisanat de la capitale : peintures, sculptures de bois, guayaberas et boîtes de dominos s'y négocient sous une charpente métallique du XIXe siècle.

Le retour à bord

Au moment de franchir de nouveau la passerelle, la lumière du soir dore les façades autour de la fontaine aux lions et les cloches répondent aux klaxons des taxis anciens. La Havane ne se laisse pas résumer en une escale : elle se contente de donner le ton, entre grandeur coloniale, musique omniprésente et patine des décennies. On remonte à bord avec l'impression d'avoir tourné les premières pages d'un très long roman, et l'envie d'en connaître la suite.