Un golfe entier baptisé en l'honneur des poètes : la promesse est audacieuse, et le paysage la tient. La Spezia s'ouvre au fond du golfe des Poètes, entre Portovenere et Lerici, à quelques minutes de train des Cinque Terre. La ville elle-même, grand arsenal de la marine italienne, sert surtout de camp de base : de son quai partent chaque jour des milliers de passagers vers l'un des littoraux les plus spectaculaires d'Italie, où les maisons semblent tenir à la falaise par la seule force de l'habitude. Les passagers pressés filent vers les falaises; les autres découvrent d'abord une cité portuaire active, sincère, sans fard touristique.

Du navire à la gare

Une navette gratuite relie le poste d'accostage à l'entrée du port. De là, vingt minutes de marche à plat, ou un court trajet en taxi, mènent à la gare de La Spezia Centrale. Ce trajet initial mérite d'être anticipé : l'affluence estivale est telle qu'il vaut mieux prendre le premier départ possible pour devancer la cohue de la mi-journée.

Cinq bourgs dans la falaise

Les trains partent toutes les 20 à 30 minutes et desservent les cinq bourgs des Cinque Terre : Riomaggiore, Manarola, Corniglia, Vernazza et Monterosso al Mare. Le premier n'est qu'à un quart d'heure de rail, le dernier à environ 45 minutes. Aux heures de pointe, les rames se remplissent vite : gardez votre billet à portée de main et visez les départs de début de matinée. Maisons hautes aux teintes délavées, barques hissées dans les ruelles, vignes en terrasses au-dessus du vide : chacun décline le même vocabulaire avec sa propre voix. En une escale, deux ou trois arrêts bien choisis suffisent; Riomaggiore et Manarola, les plus proches, offrent le meilleur rapport temps-émotion, et le sentier panoramique qui les surplombe réserve des points de vue dont on parle encore longtemps après.

Portovenere, la rivale discrète

À une trentaine de minutes du centre en autobus ou en bateau, Portovenere aligne ses hautes façades colorées face à l'île Palmaria. Au bout du promontoire, l'église San Pietro, gothique génoise du 13e siècle, se dresse sur son rocher au-dessus des vagues, bâtie sur les vestiges d'un temple antique. La foule y est souvent moindre que dans les cinq bourgs, pour une intensité comparable : beaucoup d'habitués en repartent conquis. Les ruelles étagées derrière les façades mènent à des terrasses d'où le regard file vers la haute mer.

Lerici, sur la rive des romantiques

En face, Lerici combine plages, villas élégantes et château médiéval perché au-dessus de l'anse; un ascenseur épargne la montée aux jambes fatiguées. C'est le choix des escales décontractées : baignade, promenade de bord de mer et déjeuner de pâtes aux fruits de mer, dans la baie où Byron et Shelley venaient chercher l'inspiration. Le front de mer se prête ensuite à une marche digestive avant de reprendre l'autobus. La Spezia même retient les amateurs de flânerie urbaine avec ses rues piétonnes et ses jardins publics face à la rade.

Repères pratiques

  • Navette portuaire gratuite, puis 20 minutes à pied jusqu'à la gare centrale.
  • Trains toutes les 20-30 minutes; Riomaggiore à 15 minutes de rail.
  • La carte combinant train et sentiers s'achète en gare centrale.
  • Portovenere : environ 30 minutes en autobus ou en bateau depuis le centre.
  • Haute saison très fréquentée : partez tôt et gardez une marge généreuse pour le retour.

Le soir, en quittant la rade, le navire longe une dernière fois les falaises où s'accrochent les cinq bourgs illuminés. Byron traversait ces eaux à la nage, dit-on; les passagers d'aujourd'hui les traversent en train et en chaloupe, mais ils en repartent avec la même certitude que les romantiques : certains paysages ne s'expliquent pas, ils se fréquentent.