L'entrée au port constitue déjà, à elle seule, un moment d'escale. Le navire se glisse dans le Grand Harbour de La Valette entre des bastions de calcaire doré hauts de plusieurs dizaines de mètres, sous les regards croisés des Trois Cités et de la capitale maltaise. Les fortifications défilent lentement de part et d'autre du pont, si près qu'on distingue les guérites des sentinelles. L'accostage se fait au Pinto Wharf, une rangée d'anciens magasins portuaires du XVIIIe siècle réaménagés au pied des murailles.

Monter dans la capitale des chevaliers

Depuis le quai, une marche de cinq à dix minutes le long de l'eau mène au Barrakka Lift, un ascenseur panoramique de 58 mètres qui hisse les passagers en moins d'une minute jusqu'aux jardins du Upper Barrakka, pour un tarif modique. Là-haut, le spectacle saisit d'emblée : les arcades encadrent le Grand Harbour tout entier, des chantiers navals aux clochers de Birgu. Chaque midi, la batterie de salut installée en contrebas tire le coup de canon traditionnel, perpétuant un rituel militaire vieux de plusieurs siècles.

Une ville née d'un siège

La Valette doit son existence au Grand Siège de 1565, lorsque les chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean repoussèrent la flotte ottomane. Leur grand maître, Jean de Valette, fit aussitôt bâtir sur la presqu'île une cité fortifiée au plan en damier, l'une des premières villes nouvelles d'Europe. On parcourt aujourd'hui ses rues rectilignes bordées de balcons de bois peints, les gallariji, qui donnent aux façades leur physionomie si reconnaissable. La rue de la République, artère principale, aligne palais, librairies et cafés jusqu'à l'ancien palais des Grands Maîtres et ses salles d'armures. L'ensemble, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, se parcourt sans peine : la presqu'île mesure à peine un kilomètre sur 600 mètres, et les rues en pente débouchent presque toutes sur la mer.

Le Caravage de la co-cathédrale

Derrière une façade austère, la co-cathédrale Saint-Jean réserve l'un des intérieurs baroques les plus exubérants de la Méditerranée : voûtes peintes, dalles funéraires en marqueterie de marbre recouvrant le sol entier, chapelles rivalisant d'ornements selon les langues de l'Ordre. Dans l'oratoire attend le chef-d'œuvre absolu de l'île, La Décollation de saint Jean-Baptiste, la plus grande toile jamais peinte par le Caravage et la seule qu'il ait signée. L'artiste, réfugié à Malte après un duel mortel à Rome, y fut brièvement fait chevalier. Prévoir un passage en matinée, avant l'affluence des groupes.

Flâneries et traversée du port

  • Les jardins du Lower Barrakka, plus paisibles, encadrent un petit temple néoclassique et regardent l'entrée du port ainsi que le Fort Saint-Elme, qui abrite le musée national de la guerre.
  • Les amateurs de pâtisserie s'arrêteront pour un pastizz feuilleté à la ricotta, en-cas maltais par excellence, accompagné d'un café ou d'un kinnie, la boisson gazeuse amère dont les Maltais raffolent, dans une ruelle en escalier.
  • Depuis le débarcadère sous le Upper Barrakka, les dghajjes, barques traditionnelles aux couleurs vives, traversent le bassin vers Birgu en une dizaine de minutes : la plus ancienne des Trois Cités se découvre alors à pied, entre le palais de l'Inquisiteur et la marina.

Le retour vers le navire peut se faire par le même ascenseur, ou en flânant le long des remparts jusqu'au front de mer. En repassant sous les bastions, on mesure l'épaisseur de l'histoire concentrée sur ce rocher de quelques kilomètres carrés : chevaliers, corsaires, convois britanniques de la Seconde Guerre mondiale, dont la résistance valut à l'île entière la croix de George. La Valette se visite en quelques heures, mais elle s'imprime pour longtemps, comme le son d'un canon de midi roulant sur l'eau, entre les bastions dorés.