Vingt-six siècles avant les paquebots, des marins grecs venus de Phocée jetèrent l'ancre dans une calanque bien abritée et y fondèrent un comptoir. Massalia devint Marseille, doyenne des villes de France, et le navire qui s'approche aujourd'hui de ses bassins entre dans une histoire commencée six cents ans avant notre ère. Sur sa colline, la basilique dorée de Notre-Dame de la Garde veille sur l'arrivée, comme elle veille sur les marins depuis un siècle et demi.

Rejoindre le cœur de la cité

Les paquebots accostent aux môles du grand port, à environ huit kilomètres au nord du centre. Une navette gratuite mise en place par le port conduit en une vingtaine de minutes aux abords du Vieux-Port ; taxis et excursions organisées complètent l'offre. Mieux vaut ne pas tenter le trajet à pied : la zone portuaire est longue et sans agrément. Une fois sur place, en revanche, tout se fait en marchant.

Le Vieux-Port, théâtre permanent

Le bassin historique concentre la vie marseillaise : marché aux poissons le matin sur le quai, terrasses tournées vers les mâts, ombrière de métal poli où les passants se photographient tête en bas. D'un côté s'élève le quartier du Panier, le plus ancien de la ville, lacis de ruelles pentues, de façades ocre et de murs peints où il fait bon se perdre ; à son sommet, la Vieille Charité, chef-d'œuvre du XVIIe siècle dû à Pierre Puget, rassemble musées et expositions autour de sa chapelle ovale ; de l'autre, les restaurants proposent la bouillabaisse, plat de pêcheurs devenu monument, à commander de préférence dans les maisons qui respectent la charte locale.

Du fort Saint-Jean à la Bonne Mère

À l'entrée du bassin, le Mucem, cube de dentelle de béton inauguré en 2013, voisine avec les rayures de marbre de la cathédrale de la Major et se relie au fort Saint-Jean par une passerelle vertigineuse ; on y circule librement entre jardins suspendus, remparts et vues sur la mer. Les plus vaillants graviront ensuite les cent cinquante-quatre mètres de la colline de Notre-Dame de la Garde : la « Bonne Mère » récompense l'effort par un panorama circulaire sur la rade, les îles du Frioul et le château d'If, prison littéraire du comte de Monte-Cristo. Un petit train touristique épargne la montée à ceux qui le souhaitent.

Les calanques en embuscade

Si l'escale s'étire, les vedettes du quai des Belges proposent des sorties vers les calanques, ces fjords de calcaire blanc plongeant dans une eau turquoise entre la ville et Cassis. C'est le visage sauvage de la métropole, à moins d'une heure de navigation des terrasses ; la navette des îles du Frioul offre, elle, la plus économique des minicroisières. Au retour, l'heure de l'apéritif transforme les terrasses en théâtre de pastis et de parties de cartes ; un savon de Marseille véritable, estampillé au couteau dans l'une des savonneries historiques, tient lieu de souvenir utile.

L'escale en pratique

  • Navette gratuite du terminal jusqu'au centre, environ vingt minutes de trajet.
  • Panier, Mucem et fort Saint-Jean se rejoignent à pied une fois la navette quittée.
  • Montée à Notre-Dame de la Garde à pied, en autobus ou en petit train touristique.
  • Sorties en vedette vers les calanques et le château d'If selon la saison.

Ce que la rade retient

Au départ, la Bonne Mère brille une dernière fois au-dessus des toits et l'on mesure le chemin parcouru depuis les marins de Phocée. Marseille ne se donne pas en une escale : elle se laisse entrevoir, bruyante et lumineuse, sûre d'elle-même. On repart avec un accent dans l'oreille, un goût de safran et l'envie très nette de revenir vérifier tout ce qu'on n'a pas eu le temps de voir.