Une ville espagnole sur la côte africaine, où les façades ondulent comme à Barcelone et où quatre religions se côtoient depuis des générations : Melilla ne ressemble à aucune autre escale de Méditerranée. Les navires s'amarrent au pied même de la cité, et la passerelle débouche sur l'un des ensembles architecturaux les plus singuliers d'Espagne.
Debout sur son rocher
Première image en descendant à quai : Melilla la Vieja, la citadelle historique, dresse ses murailles dorées au-dessus du port. Édifiée entre le XVe et le XVIIIe siècle sur un éperon rocheux, elle se visite comme un livre de fortifications : portes coudées, bastions, casemates, citernes voûtées, chapelles et musées d'histoire nichés dans les anciens magasins militaires. Les grottes du Conventico, creusées sous les remparts, servirent d'abri aux habitants pendant les sièges ; leur parcours débouche face à la mer, en plein soleil, par une ouverture spectaculaire dans la falaise.
Le triangle d'or moderniste
En contrebas, la ville nouvelle réserve la vraie surprise. Au début du XXe siècle, l'architecte Enrique Nieto, formé à Barcelone dans le sillage de Gaudí, couvrit la cité de façades Art nouveau : fleurs de pierre, ferronneries en coup de fouet, corniches ondulantes, vitraux et bow-windows qui surprennent à chaque carrefour. Melilla conserve l'une des plus importantes concentrations d'architecture moderniste d'Espagne après Barcelone, des centaines d'immeubles regroupés autour de la plaza de España et de l'avenue principale. L'hôtel de ville lui-même, palais à coupoles dessiné par Nieto, préside la place, et le parc Hernández prolonge la promenade sous les palmiers. Flâner le nez en l'air y constitue l'activité reine, à dix minutes à pied du navire.
Quatre cultures sous les mêmes balcons
Nieto dessina aussi bien des immeubles bourgeois que la synagogue, la mosquée centrale et des églises : résumé bâti d'une cité où chrétiens, musulmans, juifs et hindous partagent les mêmes rues. Cette pluralité se goûte au sens propre : pâtisseries au miel et aux amandes, tajines et paellas voisinent sur les cartes, et les cafés à l'heure du thé comme à celle des tapas racontent une Espagne métissée, tournée vers deux continents à la fois. À la sortie des écoles, uniformes, kippas, voiles et saris se croisent sans que personne n'y prête attention : la normalité est ici le vrai monument.
Entre deux mers de sable et d'eau
Le front de mer aligne ses plages de sable sombre au sud de la citadelle, fréquentées des familles dès les beaux jours ; la cité possède même une arène, la seule du continent africain. Du haut des batteries, on suit le ballet des traversiers vers Malaga ou Almería, cordon ombilical avec la péninsule. Les remparts offrent les plus beaux points de vue : d'un côté le port et la Méditerranée, de l'autre les collines du Rif qui ferment l'horizon. On mesure là, mieux qu'ailleurs, la situation extraordinaire de cette enclave de douze kilomètres carrés, vigie espagnole posée sur le rivage africain depuis 1497.
L'escale en clair
- Accostage au pied de la ville, citadelle et centre moderniste accessibles à pied en dix à quinze minutes.
- Melilla la Vieja : remparts, musées et grottes du Conventico.
- Ensemble moderniste autour de la plaza de España, idéal en flânerie libre.
- Monnaie et langue espagnoles, aucune formalité particulière pour l'escale.
La vigie s'éloigne
Depuis le pont, la citadelle rétrécit sur son rocher tandis que le Rif bleuit derrière elle. On a marché quelques heures dans une Espagne d'Afrique dont peu de voyageurs soupçonnent l'existence, entre volutes Art nouveau et murailles de siège. Les escales les plus inattendues sont souvent celles que l'on raconte le plus longtemps au retour ; celle-ci en fait indiscutablement partie.


