Un rocher colossal, détaché du Péloponnèse par un tremblement de terre au IVe siècle, garde entre ses murailles la plus ancienne cité fortifiée habitée sans interruption en Europe. Rien ne se voit depuis la mer : Monemvasia tourne le dos au large, cachée sur le flanc sud de son île. Les navires mouillent dans la baie et les canots accostent près de la chaussée qui relie le rocher au continent.

Une seule entrée

Le nom dit tout : moni emvasia, l'unique passage. Du débarcadère, deux cents mètres de digue mènent à la porte principale, un tunnel coudé percé dans les remparts. On y entre à pied, comme tous ceux qui l'ont franchie depuis l'époque byzantine, puisque aucune voiture ne circule à l'intérieur. Passer cette voûte sombre et déboucher dans la ruelle centrale reste l'un des moments les plus saisissants qu'une escale grecque puisse offrir.

La ville basse

La rue principale, étroite au point que deux ânes s'y croiseraient difficilement, aligne échoppes, cafés et tavernes sous les balcons de pierre. De part et d'autre, un labyrinthe de passages voûtés, d'escaliers et de cours descend vers les remparts de mer. Sur la place centrale, l'église du Christ Elkomenos, cathédrale de la cité, veille depuis le Moyen Âge. Sur la même place, l'ancienne mosquée ottomane abrite une petite collection archéologique qui aide à démêler les strates du lieu. Les maisons restaurées mêlent héritages byzantin et vénitien, témoins des puissances qui se sont disputé ce verrou stratégique entre Orient et Occident.

La montée vers la ville haute

Un sentier pavé en lacets grimpe vers le plateau sommital, à près de deux cents mètres au-dessus des toits. L'effort est réel, une trentaine de minutes en plein soleil, mais la ville haute récompense chaque pas. Des ruines s'étendent sur tout le plateau, dominées par Agia Sofia, église byzantine du XIIIe siècle posée au bord du vide. Depuis son parvis, la mer Égée s'étale à perte de vue et les toits de la ville basse se réduisent à un jeu de tuiles rousses contre le bleu.

Pour organiser sa visite

  • Prévoir de bonnes chaussures : pavés polis, escaliers et pentes composent tout le parcours.
  • La cité basse se parcourt en une à deux heures ; ajouter une heure et demie pour l'aller-retour au sommet.
  • Les remparts de mer offrent une promenade plus facile, avec accès à une plateforme de baignade rocheuse en contrebas.
  • L'ombre et l'eau manquent sur les hauteurs ; partir tôt les jours chauds.

Le goût de la malvoisie

Monemvasia a donné son nom au vin de Malvoisie, exporté dans toute l'Europe médiévale depuis ses quais. Les cépages replantés dans la région produisent de nouveau des blancs liquoreux que quelques boutiques de la rue centrale font goûter. Les tavernes servent aussi les amandes locales, le miel de thym et des plats mijotés qui rappellent que la cité vécut longtemps repliée sur ses réserves, sièges après sièges.

Le dernier regard

Avant de reprendre la digue, beaucoup s'attardent sur les remparts sud, là où les canons rouillés pointent encore vers l'horizon. Le silence n'est troublé que par les vagues contre les rochers et quelques hirondelles. Il faut imaginer les galères vénitiennes, les caravanes de mules, les processions byzantines passées par cette même porte unique.

Le canot s'éloigne et le rocher reprend son apparence de forteresse vide, secret bien gardé au bout du Péloponnèse. Ceux qui ont franchi le tunnel savent désormais ce que cache la falaise, et cette connivence-là ne s'oublie pas : Monemvasia ne se raconte pas vraiment, elle se franchit.