Montserrat ne ressemble à aucune autre escale des Petites Antilles. Cette île britannique de 16 kilomètres de long vit littéralement coupée en deux : au sud, le volcan de la Soufrière et une zone interdite où repose Plymouth, l'ancienne capitale ensevelie; au nord, des collines verdoyantes où la vie a repris ses droits. Les navires, généralement de petite taille, accostent au quai de Little Bay ou mouillent dans la baie, sur la côte nord-ouest. Dès la passerelle, le contraste s'impose : des mornes couverts de forêt, une mer bordée de sable volcanique, et au loin, la silhouette du massif qui a tout changé.

Comprendre d'abord : le volcan et Plymouth

En 1995, après quatre siècles de sommeil, la Soufrière s'est réveillée. Les éruptions qui ont suivi, dont celle de juin 1997, ont recouvert Plymouth de cendres et de coulées de boue, forçant l'évacuation des deux tiers de l'île. La capitale demeure aujourd'hui figée sous sa gangue grise, et son image marque durablement ceux qui l'aperçoivent depuis les belvédères autorisés. L'observatoire volcanologique, installé sur une crête face aux pentes, accueille les visiteurs : expositions, images des éruptions et parfois écrans de surveillance en direct permettent de saisir l'ampleur de l'événement. Les guides locaux organisent des circuits vers les points de vue, dont la colline Garibaldi, d'où le regard porte sur la vallée dévastée et les toits qui émergent encore des cendres. L'accès varie selon le niveau d'alerte fixé par les scientifiques : votre excursion s'ajustera en conséquence.

Le nord, verdoyant et bien vivant

Il serait injuste de réduire l'île à sa catastrophe. Le nord, épargné, se couvre d'une végétation dense qui lui a valu son surnom d'île d'émeraude, hérité aussi de ses racines irlandaises : les premiers colons européens venaient en bonne partie d'Irlande, et l'île demeure le seul territoire au monde, avec la République d'Irlande, à faire de la Saint-Patrick un jour férié national. Des sentiers de randonnée sillonnent les collines. Le parcours de l'Oriole Walkway grimpe à travers la forêt humide et offre la chance d'apercevoir l'oriole de Montserrat, l'oiseau national, dont certains gardes imitent le chant pour l'attirer à portée de jumelles. Les mélomanes, eux, se souviendront que le producteur George Martin avait installé sur ces hauteurs les studios AIR, où Dire Straits, The Police et Paul McCartney ont enregistré dans les années 1980, avant que l'ouragan Hugo ne mette fin à l'aventure en 1989.

Rendezvous Bay, la plage inattendue

Toutes les plages de l'île sont de sable noir, sauf une. Rendezvous Bay, au nord du débarcadère, déroule un croissant de sable clair accessible par un sentier d'environ 3 kilomètres qui franchit une crête avant de redescendre vers la mer; comptez entre une heure et une heure trente de marche, avec un dénivelé soutenu. Les moins randonneurs peuvent s'y faire déposer en bateau depuis le débarcadère. La baignade et la nage avec masque y sont belles, dans une anse fermée que ne surplombe aucune construction.

Little Bay et la reconstruction

Autour du débarcadère, Little Bay prend des allures de capitale en devenir : le petit musée national retrace l'histoire insulaire, des Arawaks à l'éruption, et quelques cantines servent poulet grillé, poisson du jour et goat water, le ragoût de chèvre qui fait office de plat national. Les habitants, environ 4 500 aujourd'hui, parlent de leur île avec une franchise touchante : beaucoup ont perdu leur maison au sud et ont choisi de rester malgré tout.

Le retour à bord

En quittant le mouillage, le regard revient inévitablement vers le sud et son panache de vapeur. Peu d'escales confrontent ainsi le voyageur à la puissance de la terre et à la ténacité de ceux qui l'habitent. Montserrat ne se raconte pas comme une plage des Antilles : elle se médite, et c'est ce qui la rend si difficile à oublier une fois les amarres larguées.