Peu de cités grecques soignent autant leur première impression. Le canot traverse le golfe Argolique, passe devant un fortin posé sur son îlot, et dépose ses passagers à quelques mètres d'une vieille ville aux balcons fleuris, serrée entre la mer et une falaise couronnée de remparts. Nafplio, première capitale de la Grèce moderne, se donne d'emblée tout entière : trois forteresses, un front de mer élégant et le Péloponnèse antique en toile de fond.
Débarquer au centre de tout
Le môle des canots touche pratiquement la vieille ville. En quelques pas, on rejoint la place Syntagma, dallée de marbre poli, bordée par l'ancienne mosquée vénitienne devenue premier parlement du pays et par le musée archéologique, installé dans une caserne vénitienne de 1713. C'est ici que la Grèce indépendante fit ses premiers pas : la cité resta le siège du gouvernement jusqu'en 1834, avant qu'Athènes ne lui ravisse le titre. Les cafés y sortent leurs tables dès le matin ; c'est le salon de la cité, où tout se passe et d'où tout rayonne.
Palamidi, la citadelle aux 999 marches
Au-dessus des toits, la forteresse de Palamidi coiffe un rocher de 216 mètres. Les Vénitiens l'achevèrent au début du XVIIIe siècle, juste avant de perdre la place. On y monte en taxi par la route, ou à pied par l'escalier légendaire taillé dans la pierre, dont la tradition compte 999 marches. L'effort se paie en sueur et se rembourse en panorama : le golfe entier, les toits de tuiles, les montagnes d'Arcadie. Dans les bastions, on repère la cellule où fut enfermé Kolokotronis, héros de l'indépendance.
Bourtzi, la sentinelle des eaux
Face aux quais, le fortin de Bourtzi flotte sur son îlot depuis le XVe siècle. Des barques font la navette en un quart d'heure depuis le front de mer ; la promenade offre le plus beau regard inversé sur la vieille ville et sa falaise. Selon les époques, l'ouvrage servit de garnison, de résidence du bourreau puis d'hôtel ; il demeure l'emblème de la cité. Entre les deux, la colline d'Acronauplie porte les fortifications les plus anciennes de la péninsule, accessibles par une promenade ombragée.
Flâner, tout simplement
Nafplio se prête à la marche sans but : ruelles à arcades, façades néoclassiques ocre et amande, boutiques de komboloï, ces chapelets profanes dont un musée local raconte l'histoire. La promenade d'Arvanitia contourne la péninsule au ras de l'eau, à l'ombre des pins, en une demi-heure paisible. Les glaciers italiens du front de mer et les tavernes à poissons des rues hautes complètent le tableau. Les agrumes d'Argolide, récoltés dans la plaine voisine, parfument ici glaces, confitures et liqueurs.
Mycènes et Épidaure à portée de route
| Site | Distance approximative | À voir |
|---|---|---|
| Mycènes | 25 km | Porte des Lionnes, tombes royales, masque d'or au récit célèbre |
| Épidaure | 30 km | Théâtre antique à l'acoustique intacte, sanctuaire d'Asclépios |
| Tirynthe | 8 km | Murailles cyclopéennes chantées par Homère |
Ces excursions occupent chacune une demi-journée. Mycènes, citadelle des Atrides fouillée par Schliemann, justifie à elle seule la mention qui accompagne souvent le nom de l'escale.
Remonter à bord
Le soir, les lampadaires s'allument sur le front de mer et Bourtzi se détache en ombre chinoise sur le golfe. Du pont du navire, on distingue encore l'escalier de Palamidi qui zigzague dans la falaise. Nafplio réunit en une journée ce que la Grèce disperse d'ordinaire sur des centaines de kilomètres : l'antique, le vénitien, le néoclassique et l'art de vivre. On coche rarement tout ; c'est une excellente raison de revenir par la route, un jour, depuis Athènes.


