Il faut imaginer Giotto, en 1303, grimpé sur ses échafaudages, en train de révolutionner la peinture occidentale dans une chapelle de brique rose. Sept siècles plus tard, ses fresques attirent toujours le monde entier à Padoue, à 40 km à l'ouest de Venise. Les bateaux fluviaux rejoignent la ville par le canal Piovego, héritier de huit siècles de navigation entre la Brenta et la lagune, et s'amarrent aux portes du centre historique. La cité de saint Antoine et de Galilée se révèle alors : universitaire, marchande, dévote et gourmande à la fois.
La chapelle des Scrovegni, sommet de la peinture
La visite phare exige une réservation, et elle la vaut. Dans la chapelle des Scrovegni, Giotto a peint entre 1303 et 1305 un cycle complet sur la vie de la Vierge et du Christ, couronné par un Jugement dernier. Regards, gestes, émotions : pour la première fois, des personnages peints semblaient vivre. L'accès se fait par groupes, après un sas climatisé d'une quinzaine de minutes qui protège les fresques de l'humidité ; le temps passé à l'intérieur, strictement minuté, file comme un battement de cils. Les musées civiques voisins complètent la visite.
Le Palazzo della Ragione et les places marchandes
Au cœur de la ville, les places delle Erbe et della Frutta encadrent l'étonnant Palazzo della Ragione, ancien tribunal médiéval dont la salle supérieure, parmi les plus vastes d'Europe, s'abrite sous une carène de bois renversée. Au rez-de-chaussée, marchands de fromages, de charcuteries et de pains perpétuent sept siècles de commerce sous les arcades. À deux pas, la Piazza dei Signori aligne ses façades sous l'horloge astronomique de la Torre dell'Orologio, où défilent les heures, les phases de lune et les signes du zodiaque. C'est le meilleur endroit pour sentir battre la ville, un espresso à la main, au milieu des étals.
L'université et le café sans portes
Padoue abrite l'une des plus anciennes universités du monde, fondée en 1222, où enseigna Galilée. Son siège historique, le palais du Bo, se visite : on y admire le théâtre anatomique de 1595, le plus ancien conservé, vertigineux entonnoir de bois où les étudiants observaient les dissections. En face, le café Pedrocchi, institution néoclassique ouverte en 1831 et longtemps surnommée « le café sans portes » parce qu'il ne fermait jamais, sert toujours son fameux café à la menthe dans des salles vert, blanc et rouge.
La basilique du Santo et Donatello
Vers le sud, les coupoles byzantines de la basilique Saint-Antoine signalent l'un des grands sanctuaires de la chrétienté, but de millions de pèlerins chaque année. L'intérieur mêle gothique, bronzes de Donatello autour du maître-autel et chapelle des reliques. Sur le parvis trône le Gattamelata, statue équestre du condottiere coulée par Donatello vers 1453, première du genre depuis l'Antiquité. Toute proche, la Prato della Valle déploie ses 90 000 m² : une île elliptique cernée d'un canal et de 78 statues, parmi les plus vastes places d'Europe.
Le jardin botanique, doyen du monde
À deux pas, le jardin botanique fondé en 1545 pour l'étude des plantes médicinales est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO : c'est le plus ancien jardin universitaire au monde encore à son emplacement d'origine. Un palmier planté en 1585, dit « palmier de Goethe », y pousse toujours sous sa serre. Le Jardin des biodiversités, serre contemporaine inaugurée en 2014, prolonge la promenade des tropiques aux déserts.
Entre deux visites, un spritz s'impose — la boisson est née dans la région — accompagné de cicchetti sur une terrasse des places. Puis vient l'heure de rejoindre le bateau le long du Piovego, la tête pleine de fresques, de coupoles et de voix étudiantes. Padoue ne vit pas dans l'ombre de Venise ; elle mène sa propre existence depuis l'Antiquité, et quelques heures suffisent pour avoir envie de la prolonger.


