À Palamós, la journée commence tôt sur les quais : caisses de poissons débarquées, mouettes en pagaille, voix catalanes qui s'interpellent. Les navires de croisière accostent directement dans le bassin, à cinq ou dix minutes de marche du centre — aucune navette nécessaire. Ce bourg de la Costa Brava n'a pas été inventé pour le tourisme : c'est un port de pêche en activité, réputé dans toute l'Espagne pour sa crevette rouge, avec une longue plage de sable et un vieux quartier tourné vers la mer. L'escale se savoure au rythme catalan, entre criée, criques et villages médiévaux de l'arrière-pays.

La crevette qui a fait la ville

La gamba de Palamós, crustacé rouge vif pêché à plus de 400 m de profondeur, jouit d'une marque de qualité qui garantit son origine. Depuis la motorisation des chalutiers dans les années 1930, elle fait la fierté locale et le bonheur des tables : grillée simplement, elle se paie au prix fort et se mérite. Les restaurants des quais l'affichent selon l'arrivage ; commander « les gambas » ici n'a rien d'un cliché touristique, c'est participer à l'économie du lieu.

Le Museu de la Pesca et la criée

Installé dans un ancien entrepôt portuaire, le musée de la Pêche — unique en son genre en Méditerranée espagnole — raconte la vie des équipages, les techniques d'hier et la pêche durable de demain. Selon l'horaire, on peut assister depuis une galerie à la criée de l'après-midi, quand les caisses défilent sur tapis roulant devant les acheteurs. Une manière concrète de comprendre que la mer, ici, reste un métier avant d'être un décor.

Vieux quartier et front de mer

Derrière les quais, le noyau ancien grimpe en ruelles étroites vers l'église Santa Maria, gothique du XVe siècle. Maisons peintes, placettes ombragées, commerces de proximité : rien de spectaculaire, tout d'agréable. En contrebas s'étire la Platja Gran, grande plage de sable en pente douce, à quelques minutes du navire — masque et serviette suffisent pour transformer l'escale en journée balnéaire. La promenade du front de mer relie plage, marina et vieux port.

Criques et sentier littoral

Les amateurs de marche suivront le camí de ronda, le sentier des douaniers qui épouse la côte vers le nord. Après la plage de La Fosca et les ruines du château de Sant Esteve, il atteint la crique de S'Alguer, bordée de cabanes de pêcheurs aux portes colorées, l'un des coins les plus photographiés de la Costa Brava. Compter une heure à une heure trente de marche facile, entre pins parasols et eaux limpides. En chemin, des panneaux racontent la contrebande d'autrefois : ces sentiers servaient aux douaniers qui surveillaient la côte.

Excursions vers l'intérieur

Depuis l'escale, plusieurs excursions rejoignent Gérone, à environ 45 minutes de route : cathédrale au plus large vaisseau gothique d'Europe, ruelles du quartier juif, maisons suspendues au-dessus de l'Onyar. Une heure de route mène au théâtre-musée Dalí de Figueres, plongée dans l'univers du maître surréaliste. Plus près, les villages médiévaux de Pals et Peratallada alignent pierres dorées et échoppes d'artisans. La Bisbal d'Empordà, capitale de la céramique catalane, complète souvent ces circuits avec ses boutiques de poteries alignées le long de la route.

En fin de journée, les chalutiers rentrent dans un ballet réglé, escortés par les goélands, et les terrasses se remplissent pour l'heure du vermut, ce rituel catalan de l'apéritif servi avec olives et anchois. On remonte à bord avec un parfum d'iode et, peut-être, le souvenir précis d'une crevette rouge grillée au gros sel. Palamós prouve qu'une escale n'a pas besoin de monuments célèbres pour marquer le voyageur : un vrai port qui vit de la mer y suffit.