Un amphithéâtre de maisons ocre, safran et corail dévale la colline jusqu'à une baie fermée par un îlot coiffé d'une chapelle blanche. Parga ressemble davantage à une île ionienne qu'à une ville du continent — on la compare souvent à ses voisines de Corfou ou de Paxos. Sur la côte d'Épire, au nord-ouest de la Grèce, cette escale confidentielle accueille les navires de petite taille, qui mouillent dans la baie et débarquent leurs passagers en canot directement sur le front de mer. Tout se fait ensuite à pied, entre ruelles escarpées, forteresse vénitienne et plages à l'eau claire.
Le front de mer et l'îlot de la Panagia
Les premiers pas longent le port : tavernes sous les mûriers, barques de pêche, boutiques d'huile d'olive et de miel. Face au quai, l'îlot de la Panagia flotte au milieu de la baie avec sa chapelle et ses cyprès ; des barques à moteur y conduisent en quelques minutes, et les bons nageurs s'y rendent parfois à la brasse depuis la plage voisine. La scène compose l'image la plus connue de Parga, celle qui orne toutes les publications touristiques du lieu.
La forteresse vénitienne
Au sommet du promontoire qui sépare le bourg de la plage de Valtos, la forteresse raconte les vies successives de Parga : place forte normande, quatre siècles sous la protection de Venise — le lion de Saint-Marc orne toujours l'entrée —, puis passage sous Ali Pacha de Ioannina au début du XIXe siècle. La montée serpente par des escaliers ombragés entre les maisons ; là-haut, remparts, canons rouillés et pins d'Alep encadrent une vue complète sur les toits, le rivage et les montagnes d'Épire. L'accès est libre, et un café s'installe l'été dans l'enceinte. La montée demande une quinzaine de minutes et quelques pauses, que les vues successives sur la baie justifient amplement.
Valtos et Krioneri, les plages de la ville
De l'autre côté du promontoire, la longue plage de Valtos étire son ruban de sable et de galets fins sur plus d'un kilomètre, bordée de tavernes et de transats. En ville même, la plage de Krioneri permet un plongeon à deux pas des cafés, face à l'îlot. Les eaux ioniennes, calmes et translucides, se prêtent à la baignade de mai à octobre ; pédalos et kayaks se louent sur place pour explorer la côte. Entre deux baignades, un café frappé à l'ombre d'un platane fait très bien l'affaire.
Excursions douces
Selon le temps disponible, plusieurs sorties complètent la journée. Des vedettes rejoignent les sources de l'Achéron, le fleuve des Enfers de la mythologie, dont les eaux glacées serpentent entre platanes et parois — on y patauge en été. D'autres filent vers Paxos et Antipaxos et leurs criques fameuses. Les amateurs d'histoire pousseront vers le site de la Nécromancie d'Éphyra, oracle des morts de l'Antiquité, à une vingtaine de kilomètres.
À la table épirote
Les tavernes du front de mer servent une cuisine généreuse : poissons grillés, bourek à la crème, feta au four, agneau au citron. L'huile d'olive locale et les olives de la région remplissent les boutiques du bord de mer, tout comme le miel de montagne — des souvenirs qui se glissent facilement dans un sac de cabine. Autour du bourg, les collines se couvrent d'oliveraies plantées à l'époque vénitienne ; certains arbres, aux troncs noueux comme des cordages, produisent encore.
Au moment où le canot repart vers le navire, la ville remonte lentement sa colline dans la lumière du soir, la chapelle de l'îlot s'allume et la forteresse s'assombrit sur son promontoire. Parga possède la beauté franche des lieux qui n'ont rien à prouver ; elle salue les voyageurs comme elle a salué les Vénitiens : avec l'assurance tranquille de ceux qui savent qu'on reviendra.


