Face à Corfou, dont la silhouette grecque flotte à quelques kilomètres au large, Saranda déroule sa baie en croissant au bord de la mer Ionienne. C'est la station balnéaire de l'Albanie, la capitale de cette Riviera albanaise dont on parle de plus en plus dans le monde de la croisière : plusieurs grandes compagnies l'ont inscrite à leurs itinéraires ces dernières années, signe des temps. Les navires mouillent en rade et les navettes déposent leurs passagers directement sur le front de mer, au cœur de l'animation : aucune navette routière, aucun terminal éloigné, la ville commence au bout du ponton.

Le décor a de quoi surprendre ceux qui imaginent encore l'Albanie repliée sur elle-même : immeubles clairs étagés sur les collines, promenade bordée de palmiers, terrasses tournées vers une eau turquoise. Saranda vit du soleil et de la mer, et cela se sent dès les premiers pas.

La promenade et les plages urbaines

Le boulevard du bord de mer, artère piétonne de la ville, longe le rivage d'un bout à l'autre. On y flâne entre les cafés, les marchands de glaces et les boutiques de souvenirs, pendant que les plages urbaines, étroites bandes de galets et de sable, accueillent baigneurs et parasols à quelques mètres des terrasses. L'eau est d'une clarté remarquable, même en plein centre. Pour le dîner, les restaurants servent poissons grillés, moules de la lagune voisine et byrek feuilletés, à des prix qui rappellent que l'Albanie demeure une aubaine en Méditerranée. En soirée, la population entière ressort pour la xhiro, cette marche rituelle qui remplit le front de mer de familles et de poussettes : si le navire s'attarde au mouillage, le spectacle vaut à lui seul la descente à terre.

Butrint, la cité aux quatre civilisations

La grande excursion de l'escale se trouve à environ 45 minutes de route au sud : Butrint, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, rassemble sur une presqu'île boisée les strates de quatre civilisations. On y parcourt un théâtre grec, des thermes romains, un baptistère paléochrétien au sol de mosaïques, une basilique byzantine et une forteresse vénitienne, le tout enveloppé de laurier et d'eucalyptus au bord d'une lagune. Peu de sites méditerranéens condensent autant d'histoire dans un cadre aussi serein; prévoyez une demi-journée, chapeau et bouteille d'eau compris. En chemin, la route longe Ksamil et ses plages face aux îlots, parmi les plus courues du pays.

Lëkurësi, le balcon de la baie

Pour prendre la mesure du paysage, une courte course en taxi mène au château de Lëkurësi, forteresse ottomane du 16e siècle juchée sur la colline qui domine la ville. Du haut des murailles, aménagées en restaurant panoramique, la vue embrasse la rade entière, la campagne d'oliviers et, en face, Corfou tout entière posée sur l'Ionienne. C'est le point de vue classique de Saranda, réputé dans toute la région à l'heure du couchant, et il se mérite sans effort.

Repères d'escale

AttraitAccès depuis le débarcadère
Promenade du front de merImmédiat, à pied
Plages urbainesÀ pied
Château de LëkurësiCourte course en taxi
Butrint (UNESCO)Environ 45 minutes de route

Les amateurs d'histoire pousseront aussi vers la source de l'Œil Bleu, résurgence d'un bleu profond à une trentaine de kilomètres, souvent combinée à Butrint en excursion. Ceux qui restent en ville alterneront baignade, café frappé et lèche-vitrine sans jamais s'éloigner du rivage.

Saranda incarne une Méditerranée d'avant les foules, avec ses maladresses de jeunesse et son enthousiasme neuf. On la quitte en regardant Corfou s'estomper dans la lumière du soir, avec le sentiment d'avoir aperçu une côte en train d'écrire son premier chapitre touristique, et l'envie d'y revenir avant que tout le monde ne s'en aperçoive.