En fin d'après-midi, les chalutiers rentrent un à un dans la rade, escortés de goélands, et le quai s'anime pour la criée. Port-Vendres est resté ce que tant de villes côtières ont cessé d'être : un vrai port de pêche méditerranéen, lové dans un amphithéâtre de collines couvertes de vignes, au cœur de la Côte Vermeille. Les Anciens l'appelaient Portus Veneris, le port de Vénus — la seule rade en eau profonde du Roussillon, à quelques encablures de l'Espagne.

Un port qui travaille

L'escale commence par le tour du bassin : filets empilés, coques bleues et rouges des barques catalanes, façades ocre des maisons de pêcheurs. Sur la place centrale se dresse l'obélisque de marbre rose érigé en l'honneur de Louis XVI, monument singulier pour une ville de cette taille. Le peintre et architecte écossais Charles Rennie Mackintosh a passé ses dernières années ici, séduit par cette lumière dure et franche qu'il a fixée dans ses aquarelles. Une promenade balisée sur les quais évoque son séjour et replace ses œuvres face aux paysages qui les ont inspirées, du môle jusqu'aux hauteurs de la ville.

Collioure, la voisine des peintres

À trois kilomètres à peine — en navette maritime, en petit train ou par le sentier du littoral — Collioure déploie son décor célébrissime : le clocher rose de Notre-Dame-des-Anges les pieds dans l'eau, le château royal des rois de Majorque fortifié par Vauban, les ruelles aux volets éclatants. C'est ici que Matisse et Derain ont inventé le fauvisme à l'été 1905; un parcours jalonné de reproductions permet de comparer les toiles aux paysages, restés étonnamment fidèles. Le petit musée d'art moderne complète le parcours pour les amateurs, et la plage de galets du centre invite à une baignade entre deux toiles.

L'anchois, roi de la côte

Collioure et Port-Vendres partagent un trésor salé : l'anchois, préparé ici selon des méthodes transmises depuis des siècles. Les maisons d'anchois se visitent, et les tables des deux ports le déclinent mariné, au sel ou en anchoïade, accompagné des vins des terrasses voisines — collioure et banyuls, nés de vignes accrochées aux pentes de schiste face à la mer.

Marcher sur la Côte Vermeille

Les amateurs de nature ont l'embarras du choix : le sentier du littoral relie criques et caps entre Port-Vendres et Collioure, tandis qu'au sud, l'anse de Paulilles, ancienne friche industrielle devenue site naturel protégé, aligne trois plages sous les pins. Plus haut, les vignobles en terrasses et les tours de guet offrent des panoramas qui courent des Albères jusqu'au cap Béar et à son phare.

Le rituel de la criée

En fin d'après-midi, le retour des chalutiers donne lieu à un spectacle que les visiteurs manquent rarement : la vente du poisson à la criée, dernière du genre sur ce littoral. Dorades, anchois et poissons de roche changent de main en quelques minutes sous les halles du quai, dans un mélange de gestes précis et d'accents chantants. Arriver un peu avant l'heure permet de voir les caisses débarquées à même le quai.

Le soir catalan

Au retour vers le navire, les terrasses du quai servent le poisson débarqué le matin même, grillé simplement, avec un verre de blanc du cru. Les conversations mêlent français et catalan; les collines virent au pourpre — cette couleur vermeille qui a donné son nom à la côte. On repart avec l'impression d'avoir touché une Méditerranée d'avant le tourisme, vivante et sans fard, qui donne surtout envie de revenir la retrouver.