À 43 kilomètres de Madère la verte, sa petite sœur joue une toute autre partition. Porto Santo est dorée, aride, presque désertique, et elle possède ce que la grande île n'a pas : une plage de 9 kilomètres de sable blond qui ourle toute sa côte sud. Les navires accostent au quai situé à son extrémité est, à courte distance de Vila Baleira, sa seule véritable localité. On rejoint le bourg à pied le long du rivage ou en quelques minutes de taxi. D'emblée, le décor impose son rythme : ici, on ralentit.
La plage, d'abord
Autant l'admettre : la plupart des passagers ne verront rien d'autre, et ils n'auront pas tort. Le sable de Porto Santo, fin et calcaire, doux sous le pied, jouit d'une réputation ancienne de vertus thérapeutiques; des curistes viennent s'y enfouir les jambes pour soulager leurs rhumatismes. L'eau, limpide et plus chaude qu'à Madère, descend en pente douce, idéale pour les longues baignades. Il suffit de marcher quelques centaines de mètres pour trouver un coin tranquille, même en été. Location de parasols, écoles de plongée et buvettes discrètes jalonnent le parcours sans jamais le dénaturer. Les plongeurs certifiés demanderont l'épave du Madeirense, un ancien traversier coulé volontairement au large pour créer un récif artificiel aujourd'hui colonisé par mérous et barracudas.
Vila Baleira, sur les pas de Colomb
Le bourg se découvre en une heure paisible : une place ombragée de palmiers, une église blanche, des maisons chaulées, un ponton qui s'avance dans le bleu. C'est pourtant ici que vécut un certain Christophe Colomb, avant qu'il ne change la carte du monde. Le navigateur épousa Filipa Moniz, fille du premier capitaine-donataire de l'île, et la maison où il aurait séjourné abrite aujourd'hui un musée qui retrace ses années portugaises et ses voyages. Visiter ces pièces modestes, à mille lieues des fastes de Séville, rend l'homme soudain très concret. Le petit centre aligne aussi quelques boutiques d'artisanat et des cafés où le temps s'étire, à l'image de l'île entière.
Prendre de la hauteur
Pour saisir l'île entière, grimpez vers ses belvédères. Le Pico do Castelo, cône volcanique reboisé qui domine Vila Baleira, servait autrefois de refuge lors des raids de pirates; la route en lacets qui y mène offre des vues plongeantes sur la baie. Plus à l'est, le miradouro de la Portela embrasse d'un seul regard la plage entière, les îlots voisins et les collines pelées aux teintes d'ocre et de rouille. Les taxis proposent des circuits d'une heure ou deux qui enchaînent ces points de vue, en passant souvent par les moulins à vent restaurés qui coiffent les collines : un bon investissement pour comprendre ce paysage lunaire adouci par l'Atlantique.
Saveurs insulaires
À table, l'île reste simple et franche : poisson-sabre noir, poulpe grillé, lapas (patelles) saisies au beurre d'ail et citron, le tout suivi du bolo do caco, ce pain rond cuit sur la pierre. Les terrasses autour de la place principale et le long du rivage servent aussi le poncha, le cocktail madérien de rhum agricole et de fruits, à consommer avec la modération qu'exige le soleil.
Le sable dans les souliers
Au moment de remonter à bord, beaucoup de passagers emportent malgré eux un peu de sable doré au fond des chaussures. C'est la juste signature de cette escale sans monument majeur et sans effort, où le luxe tient en trois éléments : une plage démesurée, une eau claire et le souvenir d'un navigateur génois qui, lui aussi, avait trouvé ici une pause avant les grandes traversées.


