Il arrive que le navire soit plus peuplé que l'escale. Portofino compte quelques centaines d'habitants, un demi-cercle de façades pastel, une place minuscule et un rang de yachts amarrés serré : tout le village tient dans le regard dès la chaloupe. C'est précisément ce format de poche, niché dans une crique du promontoire ligure, qui attire depuis un siècle cinéastes, écrivains et voyageurs venus vérifier si le lieu ressemble à sa légende.

De la chaloupe à la Piazzetta

Aucun quai ne pouvant recevoir les navires, ceux-ci mouillent au large et les chaloupes déposent les passagers à la Calata Marconi, en plein cœur du havre. La Piazzetta se trouve à une minute de marche : c'est le salon du bourg, où les terrasses de café font face aux barques de pêche et aux coques vernies. Prenez le temps d'observer les façades : corniches, encadrements et balustrades y sont souvent peints en trompe-l'œil, selon la tradition ligure. Le matin, quelques pêcheurs démêlent encore leurs filets entre deux canots, indifférents aux vitrines de luxe qui ont poussé derrière eux.

San Giorgio et son balcon sur deux mers

Depuis la place, un escalier s'élève en une dizaine de minutes vers l'église San Giorgio, qui garde, selon la tradition, des reliques du saint rapportées des croisades. Le petit cimetière attenant surplombe à la fois l'anse du hameau et le large : peu de points de vue en Méditerranée offrent autant avec si peu d'effort. Les photographes s'y attardent, et on les comprend.

Le château Brown

Le sentier se poursuit vers le Castello Brown, forteresse du XVIe siècle remaniée au XIXe par le consul britannique Montague Yeats Brown, qui en fit sa résidence. Devenu musée, le château conserve ses salons, ses terrasses et un jardin où les pergolas de glycine encadrent la baie. Un quart d'heure de montée depuis le rivage suffit; la vue plongeante sur les toits et le plan d'eau récompense chaque marche.

Jusqu'au phare de la pointe

Les marcheurs poursuivront sur le même chemin dallé jusqu'au phare de la Punta del Capo, à l'extrémité du promontoire, en vingt à vingt-cinq minutes depuis le village. Pins, agaves et murets de pierre bordent le sentier, puis l'horizon s'ouvre d'un coup sur le golfe du Tigullio. Un petit bar s'installe près du phare à la belle saison : l'endroit se prête à une pause face à la mer avant de redescendre. Comptez une bonne heure aller-retour depuis la Piazzetta, pauses photographiques comprises.

Un promontoire protégé

Derrière les façades, le cap tout entier forme un parc naturel régional : pins d'Alep, oliviers et sentiers en balcon y sont protégés depuis 1935. Des chemins balisés relient ainsi le bourg à la plage de Paraggi puis à Santa Margherita Ligure, une heure de littoral ombragé pour qui préfère arriver ou repartir à pied, au-dessus des criques.

Trois façons d'occuper le reste de l'escale

  • Flâner le long de la Calata Marconi et lever les yeux vers les maisons ocre, roses et jaunes qui ont fait la renommée du lieu
  • S'attabler pour des trofie au pesto ou une friture de calmars, les deux classiques du golfe
  • Embarquer sur une navette maritime vers l'abbaye de San Fruttuoso, monastère du Xe siècle blotti dans une crique accessible seulement par la mer ou les sentiers

Au moment du départ

Le luxe des boutiques ne doit pas faire oublier l'essentiel : Portofino reste un village de pêcheurs par sa taille, ses barques et son rythme. Quand la chaloupe s'éloigne, les façades pastel se resserrent autour du clocher et le château veille, comme depuis cinq siècles, sur l'une des plus petites grandes escales de la Méditerranée. On emporte le village entier dans un seul souvenir, net et coloré.