Il y a quinze siècles, Ravenne régnait sur l'Occident. Capitale de l'Empire romain finissant, puis des rois ostrogoths, puis de l'exarchat byzantin, la cité a concentré en deux cents ans plus de trésors que bien des capitales n'en accumulent en mille. Les empires ont disparu. Les mosaïques, elles, sont restées, intactes sous leurs voûtes de brique. C'est pour elles que les navires remontent aujourd'hui l'Adriatique jusqu'à Porto Corsini.

Du terminal au centre historique

Les navires accostent à Porto Corsini, un avant-port posé sur le canal, à une quinzaine de kilomètres du centre historique. Le trajet demande de 20 à 30 minutes selon la circulation. Des navettes relient le terminal au cœur de la cité; les compagnies proposent aussi leurs transferts. Mieux vaut réserver son passage tôt, surtout lorsque deux navires partagent le quai le même jour.

Une fois en ville, tout se fait à pied. Le centre est plat, compact, et les monuments majeurs se concentrent dans un rayon de quelques centaines de mètres. Un billet combiné regroupe les principaux sites, ce qui simplifie la journée.

San Vitale et le mausolée de Galla Placidia

La basilique San Vitale ne paie pas de mine depuis la rue : des murs de brique rousse, une silhouette octogonale presque austère. Puis on franchit la porte. Le chœur entier scintille d'or et de vert, l'empereur Justinien et l'impératrice Théodora fixent le visiteur depuis le sixième siècle, entourés de leur cour aux visages étonnamment vivants. On comprend d'un coup pourquoi huit monuments de la ville figurent au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Dans le même jardin, le petit mausolée de Galla Placidia joue une partition plus intime. Sous une voûte bleu nuit semée d'étoiles dorées, la lumière filtre par de minces fenêtres d'albâtre. Beaucoup de voyageurs ressortent de ce minuscule édifice plus émus que de bien des cathédrales.

Sant'Apollinare Nuovo et le baptistère des Orthodoxes

À dix minutes de marche, la basilique Sant'Apollinare Nuovo déroule le long de sa nef deux processions de martyrs et de vierges sur fond d'or, parmi les cycles de mosaïques les plus étendus qui subsistent de l'Antiquité. Le baptistère des Orthodoxes, voisin de la cathédrale, conserve quant à lui une coupole où le baptême du Christ se déploie au-dessus du bassin depuis le cinquième siècle.

Dante, les places et la vie ravennate

Ravenne garde aussi un poète. Exilé de Florence, Dante Alighieri y a achevé la Divine Comédie et y est mort en 1321. Son tombeau, une sobre chapelle néoclassique accolée à la basilique San Francesco, attire toujours les Italiens en pèlerinage littéraire. Florence réclame la dépouille depuis des siècles; Ravenne n'a jamais cédé.

Entre deux monuments, la Piazza del Popolo invite à ralentir : façades vénitiennes, terrasses de cafés, vélos qui filent sur les pavés. Les ruelles voisines alignent boutiques d'artisans mosaïstes et trattorias où goûter la piadina, cette galette chaude garnie de jambon et de squacquerone, le fromage frais de la région.

Repères pratiques

TrajetDurée approximative
Terminal → centre-ville (navette ou transfert)20 à 30 minutes
San Vitale → Sant'Apollinare Nuovo (à pied)10 à 15 minutes
Tour complet des monuments du billet combiné3 à 4 heures

Prévoyez une marge confortable pour la navette du retour : le canal de l'avant-port ne se rejoint pas à pied.

Le retour au navire

En quittant la cité, beaucoup de passagers gardent en tête une image précise : un fragment de voûte, un visage de mosaïque, un ciel étoilé vieux de quinze siècles. Ravenne ne cherche pas à impressionner par sa taille. Elle laisse simplement entrevoir ce que l'humanité sait faire de plus durable avec quelques tesselles de verre et beaucoup de patience. Il est rare qu'une escale de quelques heures traverse aussi bien le temps.