Un clocher de pierre dorée, des toits de tuiles serrés contre une colline, et partout autour, des vignes qui descendent jusqu'au Rhône. Roquemaure apparaît ainsi depuis le pont du bateau : une commune du Gard restée à l'écart des grandes routes touristiques, posé sur la rive droite du fleuve, au cœur d'un des plus anciens vignobles de France. Les bateaux fluviaux y font halte précisément pour cela : ici, l'escale a le goût du vin et la mesure d'un village.
Premiers pas sur la rive droite
Le débarcadère touche presque le centre : quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre les ruelles anciennes, les placettes ombragées de platanes et les cafés où les habitants lisent le journal en terrasse. Le bourg se parcourt sans hâte, en une heure tranquille, entre hôtels particuliers des siècles du négoce et fontaines fraîches.
La collégiale et son histoire singulière
La collégiale Saint-Jean-Baptiste, élevée au XIVe siècle, domine les toits de sa haute silhouette gothique. Elle abrite un orgue ancien réputé et, plus surprenant, des reliques de saint Valentin, rapportées de Rome par un vigneron du cru en 1868 pour protéger les vignes du phylloxéra. Depuis, Roquemaure s'est proclamée village des amoureux : chaque mois de février, une fête costumée en l'honneur du saint anime les rues. L'histoire locale garde aussi une page plus grave : c'est dans le château local, dont des vestiges subsistent au-dessus du fleuve, que mourut en 1314 le pape Clément V, premier pontife d'Avignon.
Châteauneuf-du-Pape, juste en face
L'autre rive porte un nom que connaissent tous les amateurs de vin. Châteauneuf-du-Pape se dresse sur sa colline à quelques kilomètres, et la plupart des bateaux y organisent l'excursion phare de l'escale. Le village vit entièrement pour son vignoble : caves voûtées à chaque coin de rue, boutiques de vignerons, et au sommet, les ruines de la résidence d'été des papes d'Avignon, d'où le regard porte jusqu'au mont Ventoux. Dans les vignes alentour, le sol disparaît sous les fameux galets roulés qui emmagasinent la chaleur du jour pour la restituer aux ceps la nuit venue. Les dégustations commentées font comprendre pourquoi cette appellation, la première réglementée de France, reste une référence mondiale.
Le vignoble de la rive droite
Roquemaure elle-même appartient à l'appellation Lirac, voisine de Tavel, dont le rosé profond compte parmi les plus réputés du pays. Les caveaux locaux accueillent volontiers les passagers pour une dégustation sans façon, souvent servie par le vigneron lui-même. Repartir avec une bouteille de Lirac, c'est emporter un souvenir que peu de voyageurs sauront situer sur une carte, et c'est très bien ainsi.
L'art de ne rien faire, à la provençale
Entre deux dégustations, l'escale laisse du temps pour les plaisirs simples : un marché si le jour s'y prête, une partie de pétanque observée de loin, le chant des cigales dans les platanes, une glace à l'ombre de la collégiale. Le Rhône coule large et tranquille au bout des rues, et les bancs du bord de l'eau invitent à regarder passer les péniches.
Larguer les amarres au couchant
Quand le bateau reprend le fil du fleuve, les vignes défilent de nouveau sur les deux rives, et l'on mesure ce que cette halte discrète avait à offrir : un pape, un saint patron des amoureux, deux appellations prestigieuses et un village qui vit à son rythme depuis sept siècles. Les grandes escales impressionnent; celles comme Roquemaure s'attachent. Ce sont souvent elles que l'on raconte en premier au retour.


