Bien avant le quai, une flèche de fonte perce l'horizon au-dessus des toits : la cathédrale annonce Rouen depuis le fleuve. La capitale normande accueille aussi bien les bateaux fluviaux venus de Paris que des navires maritimes remontant l'estuaire, et elle récompense les deux d'une même façon, avec l'un des plus riches centres médiévaux de France à quelques minutes des amarres.

Des quais au cœur ancien

Selon le poste d'amarrage, le centre historique se rejoint par une promenade d'environ vingt-cinq minutes le long de la Seine ou par un court trajet en taxi ou en navette. Une fois passé les quais réaménagés, la vieille ville se livre entièrement à pied : un lacis de rues piétonnes où des centaines de maisons à pans de bois, sauvées des guerres et des incendies, penchent leurs colombages au-dessus des passants.

La cathédrale de Monet

La cathédrale Notre-Dame concentre quatre siècles de gothique sur une seule façade, si changeante sous la lumière que Claude Monet l'a peinte plus de trente fois, à toute heure du jour. Sa flèche de fonte culmine à 151 mètres, ce qui en fait la plus haute de France. L'intérieur conserve l'escalier des Libraires et les gisants des ducs de Normandie, dont un tombeau qui garde le cœur de Richard Cœur de Lion. En sortant, levez les yeux : les tours asymétriques, dont la tour de Beurre financée dit-on par les dispenses de carême, composent un ensemble qui ne ressemble à aucun autre.

Le Gros-Horloge et les rues marchandes

La rue du Gros-Horloge relie le parvis Notre-Dame à la place du Vieux-Marché en passant sous l'arche Renaissance qui porte le fameux cadran doré : une seule aiguille, des phases de lune, et un mécanisme parmi les plus anciens d'Europe. La rue elle-même, piétonne et commerçante depuis le Moyen Âge, reste l'artère la plus animée du centre : boutiques, chocolatiers et façades à colombages s'y succèdent sur quelques centaines de mètres.

Jeanne d'Arc, la mémoire de la ville

La place du Vieux-Marché garde la mémoire du 30 mai 1431 : une haute croix marque l'endroit où Jeanne d'Arc fut brûlée vive. À ses côtés, l'église Sainte-Jeanne-d'Arc, achevée en 1979, déploie une architecture en forme de vague dont les verrières intègrent des vitraux du XVIe siècle sauvés d'une église détruite. L'Historial Jeanne d'Arc, installé dans l'archevêché où fut instruit le procès en réhabilitation, retrace le destin de la jeune femme avec des moyens contemporains. Peu de villes assument ainsi, dans un même quadrilatère, le pire et le plus beau de leur histoire.

Détours choisis

  • L'aître Saint-Maclou, ancien cimetière-charnier du temps des grandes pestes, dont les galeries à colombages sculptés d'ossements composent un lieu unique en Europe.
  • Le musée des Beaux-Arts, riche d'une belle collection impressionniste, entrée libre pour les collections permanentes.
  • Une pause gourmande : sablés normands, caramels à la pomme et fromages affinés dans les boutiques du centre.

Redescendre vers la Seine

Le retour vers le bateau longe le fleuve qui a fait la fortune de la cité : Rouen fut longtemps le port des rois de France, à mi-chemin entre Paris et la mer, et ses quais rénovés accueillent aujourd'hui promeneurs et cyclistes. En larguant les amarres, la flèche de la cathédrale reste visible longtemps au-dessus des toits, comme au premier regard. Entre elle et le destin de la Pucelle, chacun repart avec sa propre image de Rouen; la ville en offre assez pour que personne ne reparte avec la même.