La baie se referme comme deux mains autour des bateaux : d'un côté la pointe Sainte-Barbe, de l'autre les hauteurs de Ciboure et de Socoa, et au fond, des façades blanches à colombages rouge sang de bœuf serrées derrière la plage. Saint-Jean-de-Luz offre aux navires de petite taille l'un des mouillages les plus protégés de la côte atlantique française; les annexes déposent les passagers à quelques pas du centre, et le Pays basque commence dès la première rue, avec ses enseignes en langue euskara et ses parfums de piment doux.

Un port qui a vu passer les baleines et un roi

La cité s'est enrichie sur la mer : chasse à la baleine dès le Moyen Âge, puis morue de Terre-Neuve, corsaires redoutés des Anglais et, aujourd'hui encore, thon et sardine débarqués à la criée sous les halles du quai. Cette prospérité a laissé de riches demeures d'armateurs, dont la plus célèbre borde le bassin : la maison Lohobiague, dite maison Louis XIV, où le jeune roi séjourna en 1660. Car c'est ici, événement considérable, que fut célébré le mariage de Louis XIV et de l'infante d'Espagne Marie-Thérèse, scellant la paix des Pyrénées entre les deux couronnes. La maison de l'Infante, en brique rose tournée vers le bassin, hébergea de son côté la future reine : les deux édifices se visitent selon la saison.

L'église du mariage royal

À quelques rues du quai, l'église Saint-Jean-Baptiste ne paie pas de mine derrière ses murs austères; l'intérieur surprend d'autant plus. Trois étages de galeries de chêne sombre courent le long de la nef, selon la tradition locale qui réservait ces tribunes aux hommes, face à un retable doré à la feuille qui monte jusqu'à la voûte en carène de navire renversé. Après la cérémonie de 1660, la porte franchie par le couple royal fut murée, dit-on, pour que nul ne repasse après eux : on la repère encore, condamnée, sur le flanc de l'édifice.

Rue Gambetta et plaisirs sucrés

Artère piétonne et commerçante, la rue Gambetta déroule linge rayé tissé dans les vallées voisines, espadrilles cousues main et conserveries de thon et de piment d'Espelette. Les gourmands ont deux étapes obligées : le gâteau fourré à la crème ou à la cerise noire, fierté des pâtissiers d'ici, et les macarons de la maison Adam, fournisseur du mariage royal depuis 1660, toujours fabriqués selon la recette d'origine. On grignote le tout sur la place Louis XIV, sous les platanes, pendant que le kiosque accueille souvent musiciens ou danseurs, et que les parties de pelote s'annoncent sur les affiches du fronton municipal.

La grande plage et la pointe Sainte-Barbe

La promenade se termine face à l'océan. La grande plage, abritée par ses digues, déroule un sable fin où les familles se baignent en toute tranquillité, phénomène rare sur cette côte battue par la houle. En longeant le front de mer vers le nord, un sentier grimpe à la pointe Sainte-Barbe : de là-haut, la vue embrasse toute la baie, les trois digues qui la ferment depuis Napoléon III, et les Pyrénées qui tombent dans l'Atlantique du côté espagnol. En face, Ciboure, patrie du compositeur Maurice Ravel, aligne ses maisons le long de l'autre rive du bassin.

Bon à savoir

  • Débarquement en annexe au cœur de la ville : aucune navette nécessaire.
  • Marée et houle peuvent allonger les transferts; prévoir une marge avant le retour à bord.
  • Marché couvert des halles le matin : jambon de Bayonne, fromage de brebis, piments.

En quittant la rade, le regard s'accroche aux collines vertes qui moutonnent vers l'intérieur. Saint-Jean-de-Luz aura offert en quelques heures un condensé rare : un mariage royal, des galeries de chêne, le goût d'un macaron vieux de trois siècles et demi, et cette douceur de vivre entre océan et montagne qui donne à toute la côte son aimant particulier.