Sur le canal du Centre, le temps se mesure en écluses plutôt qu'en kilomètres. Saint-Léger-sur-Dheune marque l'une des étapes les plus agréables de cette voie d'eau creusée à la fin du XVIIIe siècle pour relier la Saône à la Loire, aux confins de la Saône-et-Loire. L'ouvrage servit longtemps au transport du charbon et des marchandises entre les deux bassins; il appartient aujourd'hui tout entier aux plaisanciers. Le port, ombragé et fleuri, sert de base à de nombreux bateaux de location : on y accoste au milieu d'un va-et-vient bon enfant de navigateurs d'un été, de cyclistes et de pêcheurs à la ligne. Le clocher du bourg pointe derrière les arbres, à quelques minutes de marche du ponton.

Un vrai village, avec tout ce qu'il faut

Contrairement à bien des haltes de canal, Saint-Léger aligne commerces et services à distance de marche du ponton : boulangerie, boucherie, épicerie, pharmacie, cafés. Cette vitalité en fait une étape de ravitaillement appréciée des navigants, mais aussi un observatoire de la vie rurale bourguignonne. On y échange la météo avec la boulangère, on regarde les anciens jouer aux cartes en terrasse, on choisit un fromage de chèvre et un saucisson pour l'apéritif du soir. Rien d'extraordinaire, et pourtant tout y est : le clocher qui sonne les heures, les géraniums aux fenêtres, la conversation qui s'engage sans façon avec le premier venu. Les habitants ont l'habitude des visiteurs de passage et le montrent d'une amabilité sans cérémonie.

Le spectacle des écluses

Le long du bassin, l'activité du canal compose un divertissement permanent. Les bateaux de location manœuvrent avec plus ou moins de bonheur, les portes s'ouvrent dans un chuintement d'eau, les habitués distribuent conseils et coups de main aux débutants qui s'emmêlent dans leurs amarres. La Dheune, discrète rivière qui a donné son nom au bourg, serpente en parallèle dans les prés. C'est un paysage de bocage humide, ponctué de saules, de vaches charolaises et de clochers, que l'on savoure mieux à hauteur d'eau qu'à travers une vitre de voiture. Prendre le temps de regarder une éclusée complète, chronomètre en poche, relève ici du grand art de ne rien faire.

La voie verte, invitation au coup de pédale

Le chemin de halage appartient à l'un des grands itinéraires cyclables d'Europe, la véloroute qui court de Nantes à Budapest. Plat, sécurisé, jalonné de hameaux, il permet d'improviser une sortie sans aucun dénivelé notable, dans les deux directions : vers Santenay et les premières vignes de la Côte au nord-est, ou vers les paysages plus secrets du val de Dheune au sud-ouest. Les vignobles de la côte chalonnaise, Rully, Mercurey et leurs caveaux, ne se trouvent qu'à quelques kilomètres et font l'objet d'excursions selon les programmes. Les marcheurs, eux, se contenteront du halage : une heure aller-retour suffit pour croiser hérons, ragondins et pêcheurs taciturnes.

Bon à savoir

  • Tous les commerces essentiels à moins de dix minutes à pied du port.
  • Location de vélos possible en saison; voie verte accessible directement depuis le halage.
  • Marchés et caveaux des environs : se renseigner à bord pour les jours et horaires.
  • Peu d'ombre sur certaines portions du halage en été : chapeau et gourde recommandés.
  • Boulangerie prise d'assaut en matinée par les équipages de passage : y aller tôt pour les viennoiseries.

À l'heure où les derniers bateaux s'amarrent et où la surface du bassin retrouve son calme de miroir, Saint-Léger-sur-Dheune ressemble à une image de la France que l'on croyait disparue : un canal, des platanes, une boulangerie qui embaume. Les grands noms de la Bourgogne viticole brillent à quelques collines de là, mais c'est souvent cette étape sans prétention que les voyageurs se rappellent avec le plus de tendresse.