C'est ici que naissent quelques-uns des plus grands navires de croisière du monde. En remontant l'estuaire de la Loire, le passager aperçoit d'abord les portiques géants des Chantiers de l'Atlantique, puis la silhouette massive de la base sous-marine, avant que le navire ne s'amarre au cœur même du bassin portuaire. Saint-Nazaire ne ressemble à aucune autre escale française : la ville ne se raconte pas par ses monuments anciens, mais par sa relation presque charnelle avec la construction navale et l'océan.

La ville des paquebots

Du Normandie au Queen Mary 2, les Chantiers de l'Atlantique assemblent des géants des mers depuis plus de 160 ans. Le site s'étend sur une centaine d'hectares et se visite en autocar au départ de l'ancienne forteresse de béton : ateliers, cales d'assemblage et plateformes d'observation permettent de mesurer l'échelle vertigineuse du travail en cours. Avec un peu de chance, un futur navire de croisière repose en cale, encore ouvert comme une maquette grandeur nature. Pour un croisiériste, voir l'endroit où son propre monde flottant a peut-être été soudé procure une sensation étrange et fascinante. Les guides émaillent le parcours d'anecdotes sur les lancements, les records de tonnage et les traditions des équipes de la construction navale.

Escal'Atlantic, la mémoire des transatlantiques

Au cœur du bunker géant construit par l'occupant pendant la Seconde Guerre mondiale, Escal'Atlantic reconstitue sur plus de 3 700 mètres carrés l'univers des grands paquebots de ligne. On y franchit une passerelle d'embarquement, on longe des coursives, on passe des salons des premières classes à l'entrepont des émigrants qui partaient vers l'Amérique. Le parcours, libre, occupe entre une heure et une heure et demie. Tout près, le sous-marin Espadon, en service dans la marine française de 1960 à 1985, se visite avec un audioguide : l'étroitesse des couchettes et des coursives en dit long sur la vie de ses équipages.

Une ville reconstruite face à l'océan

Bombardée presque entièrement pendant la guerre, Saint-Nazaire s'est réinventée dans les années 1950 avec un urbanisme clair et aéré, tourné vers la mer. Depuis son toit-terrasse aménagé en belvédère, le regard embrasse le port, l'estuaire et l'immense pont de Saint-Nazaire, dont la travée métallique enjambe la Loire sur plus de trois kilomètres. Les amateurs d'histoire se souviendront aussi que les commandos britanniques ont mené ici, en 1942, l'un des raids les plus audacieux du conflit contre la forme-écluse Joubert.

Du front de mer à la plage de Monsieur Hulot

Passé les bassins, la ville révèle un visage plus doux. Le front de mer file vers de longues plages de sable, bordées d'une promenade appréciée des cyclistes et des marcheurs. À quelques kilomètres, la plage de Saint-Marc-sur-Mer a servi de décor aux Vacances de Monsieur Hulot, le film de Jacques Tati tourné en 1951 : une statue du personnage, penché face à la mer, salue toujours les baigneurs. Les excursions rejoignent aussi Guérande et ses marais salants, ou La Baule et sa baie en croissant, à une quinzaine de kilomètres.

Repères d'escaleDétails
AccostageBassin portuaire, près des grands bassins historiques
Chantiers de l'AtlantiqueVisite guidée en autocar, environ 2 heures
Escal'AtlanticParcours libre de 60 à 90 minutes
Guérande et La BauleÀ une quinzaine de kilomètres

Reprendre la mer

Quitter Saint-Nazaire par l'estuaire, c'est refaire en sens inverse le chemin de tous les paquebots sortis des chantiers. Sur les quais, les grues continuent leur ballet; dans les ateliers, un futur navire prend forme, section par section. Le passager qui regarde s'éloigner les portiques comprend alors qu'il n'a pas seulement fait escale dans un port : il a rendu visite au berceau de sa propre croisière.