Samos est une île de montagnes vertes posée à un jet de pierre de la côte turque, et l'on y débarque avec un privilège rare : marcher dans les pas de Pythagore, né ici il y a vingt-six siècles. Selon leur taille, les navires accostent à Vathy, la capitale enroulée autour de sa baie profonde, ou à Karlovassi, l'ancienne cité des tanneries au nord-ouest. Dans les deux cas, le quai débouche directement sur la vie insulaire : cafés où l'on étire un frappé, pêcheurs démêlant leurs filets, collines couvertes de vignes qui grimpent jusqu'aux nuages.
Vathy et son musée au colosse
La capitale s'étage en amphithéâtre au fond de l'une des baies les mieux abritées de la mer Égée. Le musée archéologique de la capitale justifie à lui seul la halte : on y contemple un kouros de près de cinq mètres, la plus grande statue de ce type parvenue jusqu'à nous, offert au sanctuaire d'Héra au 6e siècle avant notre ère. Plus haut, le quartier ancien accroché à flanc de colline aligne ses maisons à toits de tuiles le long de venelles où l'on n'entend guère que les cigales.
Pythagorio, la cité du géomètre
À une vingtaine de minutes de route de Vathy, Pythagorio occupe l'emplacement de la cité antique de Samos, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le petit port, gardé par une statue de Pythagore traçant son triangle, servait déjà de mouillage aux trirèmes du tyran Polycrate. C'est sous son règne que fut percé le tunnel d'Eupalinos, un aqueduc souterrain de plus d'un kilomètre creusé simultanément par deux équipes parties de chaque versant de la montagne, qui se rejoignirent avec une précision stupéfiante pour le 6e siècle avant notre ère. Une partie du tunnel se parcourt aujourd'hui, casque sur la tête, dans la fraîcheur de la roche; l'expérience, insolite, plaît autant aux passionnés d'histoire qu'aux familles.
L'Héraion, le sanctuaire de la déesse
Dans la plaine côtière voisine, une colonne solitaire signale l'Héraion, l'un des plus grands temples du monde grec, dédié à Héra qui serait née sur l'île selon la tradition. Des fondations colossales, des autels et cette unique colonne dressée laissent deviner un sanctuaire qui attirait des pèlerins de toute la Méditerranée orientale. Le site, paisible et balayé par le vent, se visite en une heure.
Vignes, villages et bord de mer
Samos cultive depuis l'Antiquité un muscat doux qui a fait sa réputation jusqu'aux tables d'Europe; plusieurs caves du bord de route proposent une dégustation rapide. Sur la côte nord, le village de pêcheurs de Kokkari, avec ses barques tirées sur les galets et ses tavernes les pieds dans l'eau, compose une pause idéale : on s'y attable pour une salade de tomates au fromage frais pendant que les vagues déroulent leur clapotis à un mètre des chaises. Partout, la montagne n'est jamais loin : l'île culmine à plus de 1 400 mètres et ses routes serpentent entre pinèdes, oliveraies et villages à fontaines.
| Repères d'escale | Détails |
|---|---|
| Accostage | Vathy ou Karlovassi, quai en centre-ville |
| Pythagorio | Environ 12 km de Vathy, taxi ou autocar |
| Héraion | À 6 km de Pythagorio, site UNESCO |
| À goûter | Muscat de Samos, miel de thym, poisson grillé |
Repartir avec la mesure du monde
Au moment où le navire s'écarte du quai, la côte turque semble presque à portée de main : le détroit ne fait que deux kilomètres. On repart de Samos avec des images de vignes et de colonnes, mais surtout avec une idée neuve : sur cette île, des hommes ont cherché à mesurer le monde, et leurs calculs traversent encore les siècles avec l'aplomb d'un théorème. Il y a des escales qui reposent; celle-ci, discrètement, élève.


