Sanremo sent la fleur coupée et la brioche tiède. Capitale de la Riviera italienne des fleurs, elle cultive l'œillet et la rose sur ses collines en terrasses depuis le 19e siècle, et cette douceur parfumée imprègne encore ses avenues bordées de palmiers. Les navires de petite taille s'amarrent au port, à quelques centaines de mètres du centre; les plus grands mouillent au large et débarquent leurs passagers en annexe, presque au pied des cafés du front de mer. Quelques minutes plus tard, on marche déjà sous les palmiers du Corso Imperatrice, entre les grands hôtels qui firent sa réputation.
La Pigna, le vieux Sanremo
Sur sa colline, le noyau médiéval s'enroule sur lui-même comme la pomme de pin qui lui donne son nom. La Pigna se gravit par un dédale de ruelles voûtées, d'escaliers et de passages sous arcades, construits en spirale depuis l'an mille pour résister aux razzias barbaresques. Les artisans y côtoient le linge suspendu et les portes ornées d'ardoises sculptées. On y perd volontiers le fil du temps : un four à bois embaume la sardenaira, la fougasse locale à la tomate et aux anchois, et les conversations descendent des fenêtres ouvertes. Au sommet, les jardins Regina Elena récompensent la montée d'une vue étendue sur les toits, le port et la Méditerranée; en poursuivant un peu, le sanctuaire de la Madonna della Costa coiffe la colline de sa coupole baroque.
Le casino et la ville de la Belle Époque
En contrebas, changement complet de décor. Le casino municipal, palais Art nouveau inauguré en 1905, incarne l'époque où l'aristocratie européenne venait hiverner sur cette côte. Ses salons feutrés accueillent toujours joueurs, concerts et soirées littéraires, et sa façade immaculée règne sur le Corso degli Inglesi. Non loin, l'église russe orthodoxe, coiffée de bulbes colorés inspirés de Moscou, rappelle que l'impératrice Maria Alexandrovna et sa suite comptèrent parmi ces hivernants. Entre les deux, la Via Matteotti aligne boutiques et cafés jusqu'au théâtre Ariston, temple du Festival de la chanson italienne qui, chaque hiver depuis 1951, arrête littéralement le pays entier devant son téléviseur. Des chansons nées ici, comme Nel blu dipinto di blu — le fameux « Volare » —, ont fait le tour du monde après avoir retenti pour la première fois sur cette scène.
Jardins, vélo et bord de mer
Sanremo se prête merveilleusement à la flânerie. Les jardins de la Villa Ormond alignent palmiers rares et essences exotiques en balcon au-dessus de la mer, dans un calme que troublent seulement les fontaines. Les plus actifs enfourchent un vélo sur la piste cyclable du Ponant ligure : aménagée sur l'ancienne voie ferrée littorale, elle court sur 24 kilomètres au ras des flots, traversant plages, tunnels et villages. Les cyclistes du monde entier connaissent d'ailleurs la ville comme la ligne d'arrivée de la classique Milan-Sanremo, disputée chaque printemps depuis 1907. Au marché annonaire, focaccia, olives taggiasche et fleurs comestibles composent, étal après étal, un portrait gourmand de la Ligurie du Ponant.
| Repères d'escale | Détails |
|---|---|
| Accostage | Port en centre-ville ou mouillage avec annexe |
| La Pigna | Quartier médiéval à 10 minutes à pied du port |
| Piste cyclable | 24 km sur l'ancienne voie ferrée du littoral |
| À goûter | Focaccia, olives taggiasche, sardenaira |
Le soir tombe sur la Riviera
Quand la lumière décline, les palmiers du front de mer se découpent sur un ciel orangé et les terrasses se remplissent pour l'aperitivo. Sanremo n'a rien d'un décor figé : la cité ligure vit pleinement, qui chante, pédale, joue et cultive ses fleurs. Le passager qui remonte à bord emporte un peu de cette gaieté ligure, et souvent, sans s'en rendre compte, un refrain du dernier Festival qui refuse de quitter sa mémoire.


